La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MÉVENTE DU VIN en Bourgogne, en Champagne, ayant fait de la France le marché universel des vins, la viticulture y a pris, pendant ces dernières années. une extension énorme. Dans les départements du centre, de l'est et de l'ouest, où la vigne ne se voyait autrefois que sur quelques coteaux, le raisin tend à devenir le produit agricole envahissant les monts et les plaine. Dans toutes les vallées du bassin du Rhone et de la Garonne, la vigne a pris possession des meilleures terres, à cause de la possibilité de submersion ou d'in'igation,et surtout parce que la reconstitution du vignoble s'y est opérée avec plus de rapidité. D'après les statistiques officielles, la superficie des vignes s'élève en 1893 à 1,793,299 hectares, contre 1,782,588 en 1892; comme la superficie des terres affectées à la même culture atteignait le chiffre de 2,421,000 en 1875 et de 2,370,000 en 1876, il semble que beaucoup d'efforts dans les plantations nouvelles soient encore à faire pour que la production puisse mettre à la disposition de l'acheteur les grosses quantités annuelles qui se sont vendues autrefois à bon prix. La vérité est que les plantations faites sont bien suffisantes. Le chiffre rectifié de la récolte pour la France continentale se trouve déjà porté en 1893 à 50,069,770 hectolitres, soit une augmentation de plus de 21 millions d'hectolitres sur la moyenne des dernières années, qui est évaluée administrativement au chiffre exact de 28,871,000 hectolitres. li est à présumer que l'on commettrait une erreur en attribuant la mévente du vin à l'unique cause de l'abondance extraordinaire de la dernière récolte. Cette abondance deviendra normale inévitablement si la viticulture se maintient dans les mêmes proportions. Il est douteux, en effet, que l'administration ait relevé exactement toutes les parcelles où la vigne a été replantée, et il est certain que le nombre des vignes jeunes compris dans le chiffre de 1,782,588 hectares doit être considérable. Tout indique qu'arrivées au point de développement nécessaire pour les gros rendements prévus, les vignes françaises vont produire plus de 50 millions d'hectolitres par an. Dans beaucoup de régions, et surtout dans le Midi, les terres plantées maintenant en vigne ne sont pas celles qui étaient réservées à cette culture il y a vingt ou trente années. Les coteaux et les plateaux pierreux et secs où la vigne poussait lentement sont restés incultes après avoir été dévastés par le phylloxera; quand on récoltait huit ou dix hectolitres par hectare et par an sur ces terres de deuxième ou troisième classe, le vigneron s'estimait heureux. La qualité était mieux appréciée que la quantité. Aujourd'hui ce sont les terres les plus fertiles qui ont été choisies pour la planfation des cé-

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