La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE entrer en ligne de compte dans la consommation? Les impôts sur l'alcool et les taxes d'octroi offrent des primes telles que le commerce honnête, s'il est encore possible, doit être devenu excessivement rare : la concurrence est là pour faire relâcher la moralité de tous les intermédiaires sans exception. En réalité, la consommation annuelle du vrai vin produit par la fermentation naturelle des raisins frais, ne doit pas dépasser aujourd'hui le chiffre de 30 millions d'hectolitres, Pour satisfaire cette consommation, quelles sont les mesures que le gouvernement du régime capitaliste a laissé prendre par l'exploit:ition des propriétés individuelles? La grande facilité des moyens de transport et tous les autres progrès industriels ont révolutionné depuis longtemps la production du vin sur le sol français. A la production routinière des valeurs d'utilité selon les besoins jugés nécessaires, les convoitises insatiables de la propriété individualiste ont substitué la production sans règle ni mesure des valcul's d'échange. Jadis, lorsque la production individuelle se trompait sur les besoins réels de la consommation générale, la faute ne pouvait pas avoir les conséquences des erreurs économiques de nos jours. Le mal était localisé; il était occasionné par la surabondance des bonnes récoltes ou la disette des mauvaises. Mais c'est justement à l'heure où la direction d'une prévoyance administrative s'imposait, que l'on a jugé à rropos de donner libre essor à tous les calculs égoïstes du travail agricole des individualités. Les agriculteurs de la région méditerranéenne de la France ont commis l'imprudence de mettre tous leurs œufs dans le même panier. La culture des céréales a été abandonnée. Les séculaires oliviers qui étaient la parure d'été et d"hiver des hautes plaines ont été impitoyablement arrachés. 1.es luzernes et les plantes potagères ont disparu des bas fonds. Les jardins et les vergers autour des villages ont été souvent sacrifiés pour étendre partout la vigne, dont la récolte ne se gaspillait pas et rapportait tous les ans une somme ronde. Les résultats obtenus furent si beaux que l'entrée en scène du phylloxera, le fléau dévastateur, ne fit qu'aiguillonner davantage les appétits individuels. La misère des uns enrichissait les autres. La culture de la vigne produisait des résultats dont la comparaison faisait rougir de honte l'agriculteur assez indolent pour n'avoir pas imité le voisin. Pendant la vogue du libre échange international, on s'est mis à planter la vigne non seulement en France, où l'on est habitué à boire et où l'on peut avec profit boire du vin, mais encore dans les provinces de l'Italie et de l'Espagne, où l'on ne peut en faire habituellement usage sans compromettre sa santé. Les procédés et l'expérience ancienne de vinification à Bordeaux,

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