LA GRÈVE DES MINEU!lS 157 Dans certaines compagnies l'amende est de ci11q11a1c1ete11ti111es. Da plus l'indemnité de chargement et de transport pour chaque berline entrainant une amende est supprimée. Dans ces conditions il est naturel que Je hiercheur fasse du zèle. Il en fait d'autant plus que le porion se montre plus exigeant. Il remplit les berlines jusqu'au dessus des bords, le charbon formant dôme. De sorte qu'une berline pleine, comme l'entend le porion, finit par contenir cinq bectolitres et demi ou six hectolitres de cbarbo11, au lieu de cinq. Naturellement les exigences du porion augmentent à mesure que les prix de vente du charbon s'abaissent, et il en résulte que le mineur est condamné à un effort de plus en plus grand pour aboutir toujours à un même salaire. Comme on le voit les compagnies houillères. en dehôrs d~ la réduction avouée du prix de tâche, disposent de plus d'un moyen pour réduire les salaires, presqu'à l'insu des ouvriers. Ceux-ci ne ~•aperçoivent qu'à la longue, au bout de deux ou trois quinzaines des pertes qu'ils rnbissent. Mais alors, le pli est pris, il faut s'incliner ou accepter son livret. On s'incline. Pour se rattraper on travaille plus vite et plus fort, on fait, s'il le fau_t, des heures supplémentaires et c'est ainsi que les compagnies arrivent au but cherché; la diminution du prix de revient par l'augmentation sans frais nouveaux de la production, et qu'elles peuvent pourtant se vanter de tenir leurs engagements et de payer scrupuleusement aux ouvriers le salaire moyen qu'elles ont promis de leur servir. Mais il n'y a là qu'une apparence de justice. En réalité les conven tions ne sont pas respectées, l'ouvrier ne reçoit pas son gain légitime, et c'est alors que se font entendre les plaintes réitérées dont nous avons parlé plus haut, jusqu'au jour où tout le monde s'accorde pour déserter les chantiers. Nous répétons qu'à notre avis, cinquante mille ouvriers ne décident pas la grève simplement pour le plaisir. Donc, et cela ressort de tout ce que nous avons écrit, des documents que nous avons produits, des constatations diverses que nous avons été amené à faire : les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais se sont mis en grève, parce que, quoique disent les compagnies, Jeurs salaires avaient été diminués au mépris de la convention établie, à Arras, en novembre 1891, sous Ja responsabilité et avec la garantie du Gouvernement. On sait maintenant quel cas il faut faire des déclarations de M. Jonnart, ministre des travaux publics, venant audacieusement proclamer à la tribune que la grève n'a pas eu le caractère d'un conflit économique, qu'elle a été fomentée par quelques politiciens avides d'agitation, désireux d'affirmer au milieu du trouble, du désordre et de l'émeute la vitalité du parti socialiste. *** De la ,1tuation que nous venons d'exposer en ce qui concerne les salaires, sont nées les deux revendications principales formulées par le
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