LA GREVE DES MINEURS 1 5 5mineurs ont inventé des noms pour les désigner. On les appelle les ,< rouffions », les « brosse-manche » ou les « blanches-oreilles ». Ce sont très probablement ces individus que les ingénieurs ont fait interviewer par les reporters des journaux à leur solde, au cours de la grève. Ce q~1'ils ont débiné le syndicat et vanté les Compagnies! Seulement, ça n'a pris qu'à Paris. Dans le Pas-de-Calais et dans le Nord tout le monde a haussé les épaules. Mais revenons à nos moutons. Lorsque les prix du charbon s'avilissent, les Compagnies donnent l'ordre aux porions de faire les prix de tâche nu plus juste, et de ne tenir compte de l'état de la veine que quand il y a lieu à réduction. li arrive alors que le mineur, malgré un travail acharné, ne gagne plus ses 4 fr. 80, tout en fournissant le maximum de berlines possible. La situation, naturellement, va en s'aggravant au fur et à mesure que la crise houillère s'accentue, et bientôt l'ouvrier, quoique produisant autant et quelquefois même plus que par lt: passé, se trouve réduit à des salaires dérisoires de 3 à 4 francs, la prime de 20 o/o non comprise, quelquefois à des salaires moindres. On se plaint dans toutes les tailles, mais porions et ingénieurs n'entendent à rien. - C'est que vous ne travaillez pas assez fort. Faites des heures supplémentaires. Et le mineur qui a la volonté de gagner quand même sa journée - c'est-à-dire ses 5 fr. 50 à 6 francs, la prime comprise - se laisse prèndre au piège, fait neuf heures un jour, dix le le!~demain. li finit par passer des onze, douze et treize heures dans la mine, aux prises avec le charbon, produisant à bras raccourcis, envoyant au jour, sa11sgag11er davantage, deux fois plus de berlines qu'il n'en fournissait d'habitude. Les stocks augmentent sur le carreau des fosses, les prix de vente du charbon s'avilissent un peu plus, et bientôt les Compagnies sont obligées de réduire de nouveau le prix des tâches. Cela dure trois mois, six mois, un an, jusqu'au jour où, la mesure étant comble, le mineur se rend compte qu'il ne peut plus arriver à gagner sa vie, quelqu'ardeur qu'il apporte au travail. Alors la situation se tend et la grève éclate, proclamée par les ouvriers que des salaires de famine acculent à cette décision, désirée et attendue par les Compagnies, qui comptent sur le chômage pour donner de l'air au marché engorgé, relever les prix de vente et permettre l'écoulement des stocks dans de bonnes conditions. ·Voilà, à n'en pas douter, ce qui a dù se passer pendant l'année 1893, et c'est à des faits de cette nature qu'il faut attribuer la grève. Dans l'espèce, les Compagnies étaiènt guidées par deux mobiles différents : le désir d'améliorer leur situation industrielle et l'espoir de désorganiser le syndicat. Nous persistons à croire qu'elles ont, elles-
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