LA REVUE SOCIALISTE Cette opinion n'est pas particulière à M. Dubar. Voici, en effet, ce que nous lisons dans la Dépêche, journal conservateur de Lille, dans un article intitulé : La Fixité des salaires, et signé du rédacteur en chef. M. Henri Lang lais ( 1) : C'est un fait décidé; lundi prochain, nous aurons la grève des mineurs ... Les ouvriers réclament une augmentation de salaires, les compagnies répondent que bien loin de songer à augmenter le prix de la main-d'œuvre il faudrait plutot penser dans les conditions actuelles du marché à l'abaisser. On nous permettra de n'être de l'avis ni des unes, ni des autres. Si nous ne comprenons pas que les ouvriers viennent réclamer une augmentation qui ne semble pas justifiée, nous ne comprendrions pas d'avantage que les Compagnies vinssent imposer des diminutions. Un sociologue anglais qui vient de mourir, disait avec raison qu,· ci• 11e soul pas les prix d,: veut,: qui doiv,•11t détumù,.-r l,·s salair,•s, 111o1is que a soul ks salaires qui doivl.'111délamù,a l,·sprix d,: 1.;,:11lt!. La grande erreur des économistes modernes a été de considérer le salaire comme le seul élément élastique de la production, celui sur lequel 011 pouvait indéfiniment tirer, au iisque de rompre l'équilibre social qui est inclispensable à l'existence mème de toutes les industries. Qi10iqu'il arrive, un industriel se considéraa comme tenu à acquitter intégralement ses impôts, 11entretenir son nutillage ou ses bâtiments, li solder les fournisseurs des matières premières qu'il emploie. Sur aucun de ces éléments, il ne lui viendrait 11l'idée d'opérer des réductions qu'il sait impossibles ou nuisibles. Le salaire seul est fa pour équilibrer le budget; 011 diminue le salaire et tout est tlit. Eh bien, 11011, tout n'est pas dit; car les concurrents imitent l'exemple donné et les patrons, toutes proportions gardées, se retrouvent après absolument clans la m~me situation qu'auparavant, alors que les ouvriers sont réduits li la misère ou à la gêne. On a baissé les salaires et l'équilibre n'est pas mieux assuré. Pourquoi donc, une fois pour toutes, ne considérerait-on pas les salaires comme un élément invariable au m~me titre que les impositions ou les frais de transport par chemin de fer? M. Langlais reproche aux ouvriers de ne pas s'en tenir. dans leurs revendications, au salaire moyen de 5 fr. 76 déterminé par la convention d'Arras, et qui avait paru équitable en 1891. Puis il continue ainsi : On ne nous accusera pas de flatter les travailleurs; mais cette vérité une fois mise en lumière, il convient d'en affirmer une autre, c'est que l'ouvrier mineur, - comme les autres ouvriers du reste, - dès lors qu'il a accepté un salaire jutre, s'il n'a pas le droit de réclamer sans motif des augmentations injustifiée~, doit être assuré, - autant du moins que l~s choses humaines le ( 1) La Dipécbe, numéro portant la date du 17 septembre 189.3.
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