La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE avalent et emportent les pierres précieuses - d'analyser leurs excréments, après les avoir purgés d'office. Nous ne pensons pas assez à ces choses. Les femmes ne savent pas -ce que chacun de leurs bijoux représente de forces perdues et d'existences sacrifiées. Les enfants des riches sont élevés à l'écart du pauvre ; ils en ignorent presque l'existence, comme un prince des légendes Hindoues, que son père tenait enfermé dans ses beaux palais -et ses jardins en fleurs, pour cacher à ses yeux les chagrins et les misères de ce monde. Mais, de plus en plus, ces ignorances deviennent impossibles, car les pauvres pénètrent dans les jardins et s'assemblent autour des palais. Les uns demandent du pain. parcequ'ils sont affamés; mais il en est ,d'autres, qui réclament quelque chose de plus : ce qu'ils veulent, ce qu'ils exigent, ce qu'ils sauront prendre au besoin, c'est une place au soleil, au soleil de l'art et de la science. Ils ne revendiquent pas seulement le collectivisme des biens matériels, mais encore, et surtout, le collectivisme des trésors intellectuels. Au surplus, l'un ne va pas sans l'autre : le capitalisme engendre le luxe privé, la science fragmentaire et l'art pour l'art, ,< formule désespérée des natures artistes qui n'entendent plus l'écho leur répondre »; le socialisme développera le luxe collectif, la science coordonnée et consciente de son but final, l'art compris par la masse et fécondé par elle. Lorsque l'humanité, au lieu d'être asservie par les machines, sera servie par ces esclaves de fer, on verra renaitre les merveilleuses florai- ·sons que la Grèce fit éclore, gràce aux loisirs que lui faisaient ses esclaves de chair. Comme au siècle de Périclès, les maisons seront simples, mais, dans la splendeur des monuments, tous pourront contempler la radieuse beauté des chefs-d'œuvre. Et alors s'effa..:eront les dissentiments et les haines qui nous séparent et nous déchirent, pour faire place à cette communion intellectuelle, à cette foi profonde, que nos ancêtres ont connu, pendant les deux grandes époques de leur histoire : l'antiquité polythéiste, au temps où les Dieux du Parthénon profilaient leur blancheur sur le ciel pur de la Grèce ; le moyen-âge chrétien, alors que les plus humbles des artisans et les plus hautains des philosophes, courbaient également la tète sous les arceaux des cathédrales gothiques. Emile VANDERVELDE

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