La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE COLLECTIVISME mai ne, et vous créez une vaste caserne, vous instaurez une république de ronds de cuir ! L'Etat collectiviste, au contraire, aura pour but l'administration des choses. 11 lui faudra une organisation décentralisée, des hommes de science et de pr~tique, des forces industrielles auxquelles on demandera surtout de la spontanéité et de l'initiative. Aujourd'hui, l'Etat est l'org;ane de ceux qui ont contre ceux qui font. Demain, il sera l'organe de reux qui font contre ceux qui ont. 4• IMPOSSIBILITÉ DES DÉPENSES DE LUXE L'un de nos plus savants magistrats, me disait un jour ; « ÜJ.lidonc, dans votre société collectiviste, pourra faire des consommations de luxe, manger les perdreaux et le foie gras, boire le champagne et le bourgogne, orner sa maison d'œuvres d'art? » Je me suis efforcé de calmer ces légitimes inquiétudes en lui faisant observer que l'idéal ne consiste pas précisément à payer tout le monde quatre francs par jour et à établir, pour tous les citoyens, le cirage de bottes obligatoire. Néanmoins, il ne faut pas se dissimuler que l'abaissement graduel des profits du capital aura pour résultat de diminuer les dépenses de luxe, avec beaucoup plus d'efficacité que les lois somptuaires proposées jadis par le vieux Caton. Seulement, ici encore, il est fort probable que les idées se modifieront en même temps que les circonstances, et que le luxe public, fécond en jouissances pour tous, se substituera, dans une large mesure, au luxe privé, qui coûte tant de misères et de souffrances; car on peut ériger en règle, que les choses les plus superflues sont produites par les gens à qui manquent les choses les plus nécessaires. Avez-vous déjà songé, en voyant une mondaine aux premières loges d'un théâtre, que sur chacun des accessoires de sa toilette il y a eu peut-être du sang et des larmes : la matière première de son éventail à monture d'ivoire, c'est une défense d'éléphant, volée dansquelque village nègre et Stanley vous dira qu'aucune d'elles n'arrive sur les marchés d'Europe, sans avoir coûté la vie à un ou deux êtres humains. Son écharpe de dentelles a été faite, pour un salaire de famine, par une de ces malheureuses que la nature du travail voue fatalement à la tuberculose. Qui sait si la baptiste de son mouchoir n'a pas été tissée par ces ouvriers de Cambray, qui - de l'aveu d'un ministre - en sont réduits à aller dans les cours des distilleries, manger la pulpe des betteraves, dont les cochons ne veulent pas. Et, si vous me parlez de ses diamants, je vous signale la description des mines du Cap, par le capitaine Drecher : les ouvriers nègres sont gardés nuit et jour par des goeliers armés de révolvers et chargés - pour éviter que les noirs JO

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