La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE saire aux besoins de la collectivité - seraient beaucoup plus stimulés au travail que sous le régime actuel. En ce qui concerne le travail de direction. - Nous avons vu que• dans les industries où la formule collectiviste devient applicable, la direction des affaires appartient dès à présent à des administrateurs salariés. En quoi le directeur d'un charbonnage deviendrait-il moins diligent parce que son traitement lui 5erait payé par l'Etat, au lieu de lui être assuré par quelques douzaines d'a.:tionnaires? A ne considérer que l'intérêt pécuniaire, la force motrice des deux systèmes serait sensiblement équivalente. Mais il faut tenir compte, en fa,·eur de la solution collectiviste, d'un facteur moral dont l'influence ira toujours grandissante: au lieu d'être les subordonnés d'une société anonyme, ceux qui dirigent actuellement l'armée indu5trielle, deviendront des hommes publics, investis par les travailleurs eux-mêmes d'un mandat de confiance, aiguillonnés, non seulement par leur ambition personnelle, mais par des sentiments altruistes dont il est impossible de méconnaitre les incessants progrès. Les officiers de nos armées n'hésitent devant aucun sacrifice, y compris celui de leur vie, pour maintenir l'honneur du drapeau ... Fautil en attendre moins des capitaines d'industrie, quand iis cesseront d'ètre des garde-chiourmes, ou des chefs de mercenai:-es? Nous ne saurions nous résigner à admettre que cette abnégation, cette énergie, cette solidarité que l'on obtient des hommes, quand il s'agit d'envoyer des plombs à leurs semblables, on ne puisse l'obtenir quand il s'agira de leur donner du pain. 3• OMNIPOTENCE DE t,'ÉTAT A ceux qui prétendent que le collectivisme étoufferait, dans toutes ses manifestations, la liberté humaine, on pourrait se borner à répondre que rien ne serait changé : autant vaudrait être tyrannisé par les employés de l'Etat que par les employés des patrons. Mais nous pouvons laisser de côté cet argument négatif, et nous ne contesterons certes pas que notre Etat moderne, l'Etat gendarme, l'Etat veilleur de nuit, remplirait fort ma,I les multiples fonctions qui lui incomberaient en régime collectiviste, Autant vaudrait charger les brigadiers de la gendarmerie, les commissaires de police, les vieilles culottes de peau qui peuplent nos régiments, de diriger les usines, d'administrer les Universités, de conserver les musées ou de former les Bibliothèques. L'Etat capitaliste, nous l'avons dit, a pour but le gouvernement des hommes : il lui faut des pouvoirs centralisés, des ministres à poigne, des soldats obéissant aveuglément à la consigne : élargissez son do-

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