ÉCONOMISME, SOCIALISME ET· SOLIDARISME 7 nous en sommes. Et nous nous plaignons que to~t va mal, nous blasphémons le progrès. nous accusons la science d'être la cause de nos maux ( 1), pour un peu nous nous en prendrions au développement de l'intelligerice pour en faire notre fée malfaisante. Hélas! tout cela provient un peu de lïllusioninaturelle à l'homme qui le porte sans cesse à chercher en dehors de lui la raison des maux qu'il s'est attirés lui-même par son}imprévoyance ou sa bêtise. Ce n'est pas pour rien qu'on a dit que la bêtise humaine est une source intarissable : les habiles de tous les temps ont toujours su l'exploiter comme la plus productivy des mines. Ce n'est certainement pas l'histoire des gouverneurs de peuples qui peut nous démentir. Faut-il voir cl"ns les tendances à la révolte qui semblent se généraliser de plus en plus, sous nos yeux, un signe de l'éveil d'un sentiment plus vrai de la réalité, d'une perception plus juste du sens des choses sociales, une preuve enfin que l'humanité prend conscience d'elle-même et de sa destinée? Nous le croyons fermement pour notre part, et nous y voyons l'explication, le mécanisme et le caractère imprescriptible du grand.mouvement socialiste auquel nous assistons, sans que les ,< classes éclairées, dirigeantes>', aient l'air de se douter qu'elles en sont elles-mêmes la première cause par leur-égoïsme imprévoyant et en seront fatalement les victimes, d'après la loi universelle qui veut qu'une action dans un sens engendre elle-même sa propre réaction, qu'un excès d'un côté entraine un excès en sens opposé, que l'oscillation d'un pendule ne peut se faire, ni se limiter, que par une contre-oscillation semblable. Tant il est vrai que la tendance à J'équilibre est la loi du monde. Notre vieille conception mystique des choses de la vie nous voile encore la saine cempréhension du déterminisme des phénomènes, aussi bien dans le monde social que dans, notre vie psychique. Pourtant, tout nous démontre les analogies de développement et d'évolution des Sociétés et des organismes vivants. Qi.i'on envisage, en effet, une Société comme un organisme réel, analogue à un corps vivant, ou qu'on ne veuille la considérer que comme un agrégat d'individus, toujours on est obligé de reconnaître que la formation, le développement et l'organisation de cette Société ne peuvent se comprendre autrement que comme la résultante des déterminations de toutes sortes, qui ont amené, groupé, solidarisé les actions, les forces et les individus. Ce que nous avons dit de l'organisation de l'instinct, de la mentalité et de la moralité ( 2), nous est du plus grand secours pour comprendre les faits d'évolution et d'organisation sociales qu'on a décrits sous les noms de civilisations, de phases, de cycles historiques. Nous retrouvons dans le corps social la mème plasticité que dans la matière ( 1) Voir toutes les déclamations contre l'emploi de$ machines. (2) La lïe el la Pensée, Alcan 189,3.
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