6 LA REVUE SOCIALISTE J(. - DÉTER:'-llNISME ET SOLIDARIS.VlE Tout le monde assurément croit savoir ce que c'est qu'une société : tout le monde aussi s'imagine volontiers être Ïixé sur ce qu'est l'homme. Et cependant, que savons-nous des deux en réalité, sinon quelques grands mots plus ou moins sonores, plus ou moins vides qui nous tiennent lieu d'explications, bien que nous ne les comprenions point le plus souvent. De même, s'il est une notion profondément ancrée au fond de nous-mèmes, c'est bien que nous avons la ferme conviction de la claire compréhension qu'il n'y a point d'efTet sans cause, et réciproquement. Est-ce donc par.::e que les hommes se sont contentés, de tous temps, des explications les plus superÏicielles, prenant pour des causes les apparences les plus légères, les analogies les plus grossières. les interprétations les plus occultistes, les plus mystiques? Ou bien ne serait-ce point plutôt parce qu'ils constatent toujours une relation indissoluble entre le phénom~nc qu'ils observent et la condition qui l'a déterminé, qui l'a rendu possible, qui \'a causé? Quand ils prêtent encore une cause imaginaire aux évènements, n'est-ce point simplement parce qu'ils ne pe1l\'ent découvrir la vraie, ne faisant ainsi que traduire leur besoin d'explication et l'universalité de leur conception du détermini;me en toute chose? Il est bien évident, par exemple. que personne ne croit que notre société actuelle, que nos misères et nos difÏicultés se sont faites toutes seules, d'elles-mêmes, sans causes, mais n'est-il pas évident aussi que, loin de ré0échir à l'enchainement extrêmement complexe des circonstances et des conditions qui les ont précédées et engendrées, nous nous laissons aller. en général, à a.::cepter avec la plus grande k~èreté la première idée qui nous est suggérée par un mot ou par une co·111cidence quelconque? De là, un tas de puérilités qui ne seraient que ridicules si elles n•avaient pour efTet d'entretenir. de renouveler et parfois d' aggraver une situation déjà sufÏisamment difÏicile. Le malheur. surtout, c'est que de pareilles conceptions erronées, une fois logées dans les esprits, s·y incrustent et s'y fortiÏient mutuellen1ent par l'usage et la répétition inconsciente, irraisonnée, et deviennent des obstacles insurmontables aux idées saines qui ne peuvent plus être comprises. OJ.1'011 réOéchisse, par exemple, à la quantité d'assertions erronées, superficielles, contradictoires, que les romans et les journaux sèment à profusion dans les cerveaux de lecteurs malhabiles à discerner le pour et le contre, incapables de vériÏier ce qu'ils lisent, et habitués par éducation et par héredité à croire sur parole quiconque sait leur faire des phrases et natter leurs faiblesses, leurs passions et leurs é!ppétits. La chasse au lecteur, la chasse à l'électeur, la chasse aux places, voilà où
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