La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE COLLECTIVISME 137 un grand nombre de têtes : au lieu d'un homme travaillant trente ans, il y en aura par exemple cent qui devro'nt donner tous les ans 3 o/o de leur produit, ou bien trois cents qui seront obligés d'en abandonner 10 o/o. Mais qui soutiendra que la diffusion d'une injustice a pour résultat de la fàire disparaître? Il n'est guère douteux que si la question se posait dans ces termes extrêmes - propriété sans travail et travail sans propriété - si les classes en présence se composaient exclusivement, l'une de fainéants exploiteurs, l'autre de travailleurs exploités, la solution ne se ferait pas longtemps attendre. Malheureusement, ou heureusement - cela dépend des points de vue, la lutte des classes ne se produit pas dans de telles conditions de simplicité. A côté des parasites, dans toute la force du terme, il y a dans la classe bourgeoise un grand nombre d'hommes le plus grand nombre même, qui ne vivent pas e'xclusivement de la substance d'autrui. Ce sont à la fois des travailleurs et des capitalistes: leur revenu dérive pour partie de leur travail, pour partie du travail des autres, et c'est leur exemple qu'on invoque généralement pour soutenir que les profits du capital sont légitimes. Nous allons examiner briêvement l'argumentation de ceux qui parlent ainsi et démontrer que les profits de la classe capitaliste ne sont nullement en rapport avec les services qu'elle rend à la communauté. 11 LES PROFITS DES CAPITALISTES Si nous prenons un industriel quelconque, à la fois capitaliste et chef d'entreprise, ses profits peuvent être décomposés en trois éléments : 1 ° Rémunération des capitaux mobiliers et immobiliers engagés dans l'entreprise (rente et intérêt); 2° Rémunération du travail de direction; 3° Prime d'assurance contre les risq,œs. Je pense que nous pouvons écarter immédiatement de la discussion ce dernier élément : les ouvriers qui crèvent de faim en temps de crise et qui sont jetés sur le pavé quand on ferme l'usine, courent des risques au moins aussi grands que le patron qui est menacé de faire faillite. Au surplus, si le risque existe pour les indiviclus, il n'existe pas pour la classe capitaliste. Les individus perdent, gagnent, spéculent, agiotent; la classe, quoiqu'il arrive, s'enrichit aux dépens des travailleurs. C'est ainsi, p'\r exemple, que certains charbonnages sont en perte et que leurs actionnaires se ruinent, mais, sauf deux ou trois années exceptionnelles, l'industrie charbonnière, dans son ensemble,

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