La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE COLLECTIVISME 135 tant au service, moyennant salaire, de ceux qui détiennent les moyens de production. Seulement, il va sans dire que les capitalistes ne donnent pas gratuitement la jouissanre de ces moyens de production et qu'ils se font payer, sous forme de rente et d'intérêt, l'usage de leurs terres ou de leurs capitaux. Les économistes bourgeois ne manquent pas de dire que cela est parfaitement légitime. N'est-il pas juste, naturel, inévitable, que le propriétaire d'un terrain, d'une fabriqne, d'un capital quelconque, ne les mette à la disposition d'autrui que moyennant une rémunération ? Pourquoi s'en dessaisirait-il pour les beaux yeux de son prochain? Supprimez l'intérêt, vous tarissez les sources de l'épargne. Interdisez le bail à ferme, et les propriétaires laisseront leurs champs en friche. A tout cela, je n'aurais garde de contredire. Dès l'instant où l'on admet le capitalat, il faut en accepter les corollaires. Vouloir supprimer l'intérêt et la rente, en maintenant la propriété privée, c'est vouloir empêcher un pommier de donner des pommes, un troupeau de moutons de produire des agneaux. Seulement, les socialistes soutiennent qu'à partir du moment où la propriété privée, fondée sur le travail, a fait place à la propriété capitaliste, fondée sur le travail des autres, il y a un remède efficace aux abus que cette transformation entraine, et ce remède, c'est l'extension du domainecollectif. Dans toute branche d'industrie où les capitaux appartiennent à la nation - les chemins de fer, par exemple - la rente et l'intérêt, en un mot les profits, sont absorbés par la communauté, au lieu de passer dam le coffre-fort des individus. Si ce mode d'appropriation venait à se généraliser, si tous les moyens de production entraient dans le domaine public, nul n'aurait d'autres moyens d'existence que le travail, je laisse de coté, bien entendu, les institutions d'assurance et d'assistance. Ainsi se trouverait enfin réalisée cette parole de l'un des Pères de l'Eglise : Ceux qui ne travaillent pas ne mangeront pas. Aujourd'hui, hélas, c'est trop souvent le contraire : ceux qui ne travaillent pas mangent trop, ceux qui travaillent ne mangent pas assez. LES GRAS ET LES MAIGRES Schweininger, le médecin de Bismarck, fait fortune en créant un sanatorium où les riches vont se débarrasser del' excès de leur graisse, et, pendant ce temps-là. les administrateurs du Vooruit ou du Volks belang constatent qu'à la fin de chaque quinzaine, on voit invariablement décroître la consommation de pain, parce que les ouvriers gantois n'ont plus assez d'argent pour en manger à leur suffisanc~.

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