134 LA REVUE SOCIALISTE n'est que dérisoire, est le dernier et le plus important débris du passé de l'humanité que nous voyions à faire disparaître pour qu'une association d'êtres intelligents devienne ce qu'elle doit être : également avantageuse et équitable pour tous, et ne fasse regretter à aucun de ses membres la lutte primitive et libre pour l'existence». ESCLAVES ET PRO LET AIRES N'est-ce pas une chose triste à penser que parêils regrets soient possibles? Et cependant, ces regrets ne seraient pas sans raison d'ètre, s'il faut en croire un des explorateurs du Congo, M. Jérôme Becker. M. Becker eut un jour une très curieuse entrevue avec le Bonaparte de la province d'Equatoria, Mirammbô, c'est-à-dire le faiseur de cadavres, un vrai type de roitelet nègre, marchan~ d'hommes, voleur d'ivoire, brûleur de villéJges et tant soit peu cannibale. Au récit des splendeurs de notre civilisation industrielle, le sauvage fut transporté d'enthousiasme, et s·écria que, dans ces beaux pays, les r-azzias devaient être inconnues et que, sans aucun doute, on se partageait fraternellement Ies,richesses ? Embarrassante question, à laquelle M. Becker déclare qu'il n'osa pas répondre, qu'il n'osa pas avouer que beaucoup de nos travailleurs " libres » s'estimeraient heureux de n'être pas plus maltraités que les esclaves de Tippo-Tib ou les sujets du roi Msiri. En Afrique du moins - dit-il en substance - le droit général à la culture du sol rend impossible l'effroyable prolétariat qui ronge les sociétés modernes. M. Becker a mis le doigt sur la plaie : partout où il y a des terres fertiles, à la libre disposition du premier occupant, le capitalisme, et son corollaire, le salariat ne peuvent naître : chacun préfère travailler pour son compte et, à moins d'employer la contrainte et la violence, personne ne parvient à vivre sans rien faire, aux dépens d'autrui. Tout le monde connaît l'histoire de ce grand capitaliste anglais qui partit pour l'Australie avec une cargaison de travailleurs et une voiture ; il avait l'intention de se faire bâtir une maison par ses ouvriers, et de garder sa voiture, exactement comme en Angleterre. Mais àce que dit l'histoire, il lui fallut se résigner à demeurer dans sa voiture, car ses ouvriers le quittèrent, pour aller travailler à leur compte, sur les terres libres d'alentour. Dans nos pays au contraire, les capitaux fructifient, automatiquement pour ainsi dire, sans quïl soit nécessaire de recourir à la contrainte. Toutes les terres un peu fertiles sont occupées. II existe des milliers et des milliers de travailleurs qui sont absolument dépourvus de tout capital et qui, par conséquent, ne peuvent vivre qu'en se met-
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