LE COLLECTIVISME 133 Dans la province de Victoria, à raison de circonstances locales, l'expérience n'a pas été aussi heureuse. Cependant, M. Eddy, qui a étudié de fort près le fonctionnement du système nouveau, déclare que « l'acte des chemins de fer, dans la Nouvelle Galles du Sud, sera considéré comme un· des plus grands qui aient jamais été votés. » Nons constatons donc une double tendance dans l'évolution industrielle moderne : les industries privées tendent à se transformer en services publics; mais, d'autre part, les services publics acquièrent une autonomie, une liberté d'action, de plus en plus grandes. L'EXPROPRIATION DES CAPITALISTES Comment pourra s'opérer l'expropriation des industries qui sont mûres pour le collectivisme? • Sans indemnité, si le quatrième état, vainqueur, s'inspire des exemples de la bourgeoisie de 1792, confisquant sans scrupule les biens des prêtres et des émigrés. Cela se fera-t-il ? Peut être. Faudrait-il le regretter? à coup sûr, car on frapperait, et ce serait une injustice, la propriété due au travail personnel aussi bien que la propriété acquise par le travail des autres. Pour opérer l'expropriation de la classe maîtresse, conformément à la justice et en suivant la ligne de moindre résistance, il faut s'attaquer, au moyen de l'impôt, à ceux qui ne travaillent pas, ou à ceux qui ne travaillent plus : aux propriétaires, en frappant la rente et les valeurs consolidées; aux morts, par la restriction progressive du droit de succession. C'est dans ce but que le Parti ouvrier demande en même temps que l'abolition des impôts de consommation, 1° l'établissement de l'impôt progressif sur le revenu, sur les legs et les donations entre vifs, 2° la suppression de l'hér_édité ab intestat, sauf en ligne directe, dans les limites à déterminer. Dans ces conditions donc, l'indemnité viagère que l'on paierait aux capitalistes vivants serait prélevée, en majeure partie sur la succession des capitalistes morts. Et de cette manière, on frapperait la société moderne dans son vice fondamental : l'inégalité du point de départ. L'un de nos grands industriels, M. Ernest Solvay, le reconnaissait, en termes non équivoques·, lorsqu'il écrivait dès 1879: « Nous approchons peu à peu, mais inévitablement, de l'époque où un grand et dernier pas doit être imprimé à la civilisation ; l'abolition de l'esclavage et du servage n'a pas été complète, elle n'a pas porté sur la naissance; l'homme civilisé naît encore noble ou roturier, maître ou valet. dans l'opulence ou le dénuement, après cela seulement il est libre ; et cette froissante et colossale inégalité du commencement d'une vie commune à parcourir, près de laquelle l'inégalité qui suit
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