La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

ÉCONOMISME, SOCIALISME ET SOLIDARISME 5 sa,·oir si telle formule est b:en ou non l'intégrale du socialisme; ce qu'il.faut. c\:st une réponse ~l l'immense et universel cri de douleur qui s'échappe:: des entraill~s de l'hurn:.inité op;)rirnéc: ce qu'il faut, c'est trouver un rnQyen d'assurer à chacun une plus jl!ste paït des biens et avantages sociaux qu'il produit par son labeur; ce qu'il faut, c'est comprendre que chaque individu prend de plus en plus conscience de son rô!e dans !a machine sociale, que le socialisme " est ddcrrniné tout à la fois pat' la forme de la production dans le monde contemporain et par l'état des sociétés politiques; il tient tout ensemble au cœur même des choses et aux entrailles du pI'o\étariat, et sort du mouvement républicain tout entier. » (1) Le Pape et les Empereurs, l~s théologiens et les philosophes (2) J.::sgrands et les petits tous sont obligés de compter avec œ <,mouv:::- ment spontanéet profond qui sort de l'évolution même des chos1:.s c~ de l'histoire. et qui est la résultante de toutes les forces cie l'humanité. '' Ainsi tJ1is au poinl en politique, dégag~ d~ son exclusivisme doctrinaire. le socialisme apparaîtra désormais. ce qu'il est pratiquement, l'lnterYentionisrne, qui se dressera et s'élèYera de plus en plus en Ca.:,; du<• laisser-faire" des orthodoxes de l'Economie politique. Devons-nous intervenir ou non dans le fonctionnement de la machine sociale? Telle est. en réalité, la seule question, telle est la cause de toutes nos divisions, tel est le fond de toutes nos discussions. Qi.1ant au mode et à la mesure d~ c-:-tte intervention, ce serait méconnaitre le caractère contiai-::nt, e,;périrnental de toute notion sociologique, morale et politique, que de vouloir l'enfermer a priori dans le cercle plus ou moins étroit de formules nécessairement inadéquates à tous les temps et à tous les lieux, à tous les homrn~s et à toutes les circonstances. • Tout cc qu'on peut faire, c'est de demander à l'étude approfondie des lois fondamentales de l'évolution et de l'organisation sociales, la conception générale des conditions vitales e: viYifiantcs d\1;1e société. absolument comme le médecin doit, avant tout, se bien pénétr~r du sens d:: la vie. pour pouvoir saisir avec netteté les indications ;1articulières ù chaque cas individuel. Voilà pourquoi, nous croyons ~i indi~- pensable de commencer par une revue attentive des conclusions qu~ nous pouvons tirer des connaissances sociologiques aduc'.le.;. et pourquoi nous cherchons à rattacher notre conception générale du soc:alisme à notre conception universelle des choses, en montrant ses ranports étroits avec le déterminisme et le solidarisme universels. (1)Jaurês, discours à la Charn!l:·e de; ;kp,itcs, du 21 novembre 189.3. (2) Voir les discussions sur le sociaiisme dans la '7?.ev11J~Phi/osopbiqtte en jc.·n, août, octobre et novcm!lre 1893, par MM. E. Belot, Durckeim.

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