La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

REVUE DE LA PRESSE tTRANG~RE 125 REVUEDELAPRESSÉETRANGÈRE Le Critica Sociale d'octobre contier,t, entre autres études d'actualité : Dans le pays des « fasci » par Filippo Turati. Ce pays est la Sicile récemmen~ ensanglantée par la fusillade de Caltavuturo. L'auteur rappelle les travaux analogues : les « Lettres méridionales» de Villari, « la criminalité en Sicile» de Colajanni, les écrits de Turiello, de Damiani, de Bonfadini. Qµel est l'état actuel de la Sicile travailleuse? Citons le témoignage de Colajanni. 11n'est pas suspect d'indulgence. 11a censuré àprement l'œuvre des « fasci ». Il n'a aucune sympathie pour la méthode de lutte qu'ils représentent; elle lui parait prématurée et périlleuse, Voici pourtant comme il s'exprime : « La Yérité, la voici : le gouvernement ou ce qui le représente veut en finir, par des moyens féroces et brutaux avec le mouvement socialiste en Sicile. Il viole toutes les lois et recourt à toutes les provocations pour provoquer artificiellement quelque explosion et avoir raison du mouvement ayec le canon et le fusil. Pour qui connaît ce que le gouvernement a fait à St-Guiseppe Jato, à Piana de Greci, à Catenanuova, à Prizzi, à Milona, à Putera, à Acquaviva, à Pictrapoyia, à Bisaqueno, à Palerme, à Canicatti, à Orleone et ailleurs, il est évident qu'il est dans les intentions du gouvernement de renouveler en grand les massacres de Caltavuturo et de Perradifalco. » Et pourtant, malgré toutes ces provocations, on ne prévoit encore en Sicile rien qui ressemble à une Jacquerie. 11faut la mauvaise foi des journaux de l'ordre moral pour représenter cette population sobre, travailleuse, mais poussée à bout par la souffrance, comme une bande de partageux malfaiteurs. Les provocations n'ont pas, malgré tout, réussi à faire sortir de leur calme une population dont le tempérament volcanique est connu, où les femmes, dont la sensibilité insurrectionnelle est notoire, jouent un grand rôle, au point d'abondonner leur chère église pour les « fasci ~> et d'y ·entraîn~r avec elles leur mari et leurs enfants. En somme une àttitude parfaitement légale et digne. « C'est pourquoi, conclut Filippo Turati, nous regardons les

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