La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

124 LA REVUE SOCIALISTE Il nous reste à signaler l'interpellation de Viviani (séance du 16 décembre 1893) au sujet de l'arrestation du journaliste Naudin, première mesure prise contre le parti socialiste en général, dont on commence à avoir peur et que l'on va traquer hypocritement en l'assimilant à l'anarchisme. Une demande de crèdits supplémentaires déposée dans la séance du 18 décembre, a donné l'occasion à Pelletan de jeter encore une fois le cri d'alarme et de montrer le déficit s'introduisant de nouveau dans nos budgets par cette voie grâce à l'habitude prise par les bureaux d'engager les dépenses supérieures aux sommes votées.- Naturellement on n'a pas écouté Pelletan. Mais ce qu'il y a de plus intéressant, c'est de signaler les aveux de M. Boulanger, rapporteur devant le Sénat de cette même demande de crédits supplémentaires. Ce dernier qu'on n'accusera certainement point ni de radicalisme, ni de socialisme, fait les constatations suivantes: 11s'agit, a dit le rapporteur de la commission sénatoriale du budget, de l'approbation de dépenses s'élevant à 4; millions: du reste, il nous a été impossible d'obtenir la justification de plusieurs dépenses. Dans ces conditions, la commission des finances ne pouvait que laisser au Sénat la liberté de se prononcer ou sur l'ajournement ou sur le vote des crédits demandés par le gouvernement: mais la majorité, apres l'examen rapide auquel elle s'est livrée, a pensé cependant qu'il convenait de ratifier quelques-uns de ces crédits. li ne convient pas, en ellet, de faire attendre lec créanciers de l'Etat. Qyant aux autres, qui sont au nombre de neuf ou dix, mais qui sont les plus importants, la majorité de votre commission estimait qu'il était de son devoir de venir vous soumettre les observations auxquelles ils donnent lieu. j'ai la bonne fortune de voir aujourd'hui à leur banc tous les membres du cabinet et je veux en profiter, espérant qu'ils voudront bien, dans l'avenir, tenir compte de nos observations. (Mouvements divers.) Les crédits qui nous sont annoncés aujourd'hui, défalcation faite des annulations, s'élèvent à la sommede37 millions 500 ooofrancs, etil y a malheureusement à prévoir que ce n'est pas IJ fin. Actuellement, nous sommes en présence d'un déficit que le ministre des finances évalue 11 60 millions, mais que, plus vraisemblablement, nous chiffrons par 70 ou 75 millions. Nous laisserons nos lecteurs sous l'impression des paroles du sénateur Bérenger, en nous demandant si ce déficit croissant, si ces dépenses dont il est impossible d'oblenil' la justification ne sont pas l'indice d'un désordre réel dans l'administration et, d'un dédain par trop clair des droits du parlement; prenons garde, l'anarchie la plus nuisible au pays n'est pas celle des fabricants de bombe, mais celle qui résulte de l'incurie administrative, de l'incapacité ministérielle, d'une bureaucratie dépensière et brouillonne. Malheureusement cette forme d'anarchie (indice de la décomposition bourgeoise), on ne songe pas encore à la réprimer. A. DELON.

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