La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 12 r de la nuance de M. Gide, les disciples de Le Play en un mot tous ceux. qu'un principe moral élevé guide et inspire, tous ceux à qui répugne l'optimisme béat des égoïstes et des satisfaits. Assimiler notre socialisme généreux, humanitaire, tout pétri d'amour et de sensibilité avec le fanatisme féroce de gens qui tuent au hasard et frappent d'mnocentes créatures (comme au théâtre de Barcelone) sans remords ni pitiè, c'est là un de ces mensonges monstrueux et impudents, qu'un jeune ministre trop zélé aurait pu laisser à certains valets de plume à qui rien ne répugne! Après l'explosion du 9 décembre, a commencé le vote d'une série de lois réactionnaires. On s'est surtout attaqué à la presse! On a adnüs un texte de loi qui, tout en présentant une apparence acceptable, permettra à l'arbitraire de se déployer largement, dès qu'un gouvernement de combat voudra et saura se servir de l'ambiguïté et de l'élasticité voulues des termes. C'est en vain, que devant une chambre tremblante de peur quelques citoyens courageux comme Goblet. Pelletan, Lavy, Pourquery de Boisserin ont essayé de rappeler ces législateurs au sangfroid. Mais les malheureux avaient encore dans l'oreille la détonation de la bombe et dans ce sauve-qui-peut général les raisons et les principes étaient bousculés et piétinés sans merci. li a fallu voter séance tenante, sans réfléchir, sans discuter! On a bien raison de dire que la France n'est pas encore habituée aux mœurs de la liberté I Encore quelques attentats de ce genre, et il ne restera rien des rares libertés si péniblement conquises depuis vingt ans de République! Le 12 décembre a commencé la discussion de la proposition tendant à nommer une commission d'enquète relative à la récente grève du Pas-de-Calais. Nos amis, pleins de confiance dans l'excellence de leur cause, venaient demander à la Chambre de témoigner seulement de son désir de con naitre la vérité car les discussions parlementaires quand il s'agit surtout de faits et d'e\'ènements mal connus se heurtent à des affirmations contradictoires dont il est difficile de sortir. Si le gouvernement a correctement et légalement agi durant le cours de la grève, l'enquète le prouvera. Ceux qui n'ont rien à craindre demandent la lumière et la publicité. Il est probable (car ce refus est un aveu singulièrement clair) que le gouvernement avait quelque chose à craindre et beaucoup à cacher, puisqu'il a très énergiquement repoussé le seul moyen capable de mettre en pleine évidence la vérité. Nous ne pouvons entrer dans ce débat très long et rempli de menus détails. Remarquons, seulement qu'au discours très modéré et très circonstancié par lequel Basly a ouvert la discussion, le ministre des travaux publics a répondu tout le temps à côté de la question sur la plupart des accusations qui ont été formulées. Il se dérobe habilement incrimine les opinions socialistes du syndicat, il cite des articles de

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