120 LA REVUE SOCIALISTE N'oubliez pas enfin qu'au-dessus de toutes les 111esquineries d'antan, audessus des fantaisies ministérielles, il y a la grande représentation nationale dont nous sommes l'émanation directe. L'a111nistie, vous le savez, est dans l'air, elle se fera. L'amnistie est une des conditions de progrès et de liberté qui s'imposent fatalement. En ce moment, elle est entre vos mains; en la votant. vous aurez toute la gloire de l'initi:ilive; vous fermez le livre du passf pour vous consacrer aux trav:iux de l'avenir. En ne la votant pas, vous marquez l'horizon d'un point noir; vous laissez b porte ouverte à tous les échos de nos anciennes querelles; vous vous montrez des hommes accessibles aux rancunes sans fin et sans dignité; enfin, vous laissez impayée une dette d'honneur que le peuple serait obligé de prendre )1 sa charge! Vous ne le voudrez pas, messieurs. Je descends de celte tribune avec cet espoir. j'en dirais davantage si je croyais pouvoir ramener par des paroles des hommes impitoyables de parti pris, et qui n'ont d'autres mobiles que l'assouvissement de leurs rancunes politiques. J'en ai asse1. dit, j'en suis sùr, pour ceux qui veulent agir avec impartialité et indépendance; pour ceux qui placent leur conscience et la Rtpublique au dessus de leurs haines, de leurs préf~rences ei de leurs seMtiments personnels. (Vifs applaudissements à l'extrème gauche. - L'orateur, en retournant à son banc, reçoit les félicitations de ses amis.) Malgré ces belles· paroles l'amnistie a été repoussée par 257 voix contre 226. - C'éiait presque un succès remporté contre la coalition des réactionnaires. Le \'ent soufflait donc dans nos voiles; les premiers avantages obtenus promettaient beaucoup : on pouvait peut-être espérer donner à la majorité quelque peu incohérente et sans idée d~s nouveaux députés une orientation progressiste et arriver par suite à la constitution d'un cabinet réformateur auquel les socialistes n'auraient demandé autre chose qu'une neutralité bienveillante, lorsque le malheureux attentat du 9 décembre est venu compromettre les résultats acquis et a déchainé une tempête de réaction qui sévira longtemps encore. « Ces sinistres hallucinés nous préparent bien des difficultés, >' m'écrivait Malon lors d'un des précédents exploits de ces chevilliers de la dynamite. Hélas! notre maitre avait bien raison. Car c'est là en effet le point noir de l'avenir. Le socialisme raisonnable n'a pas de plus terrible ennemi. La propagande de nos idées est entra\'éc par la confusion établie si facilement par l'ignorance populaire et la mauvaise foi d'une presse vendue aux puissances de l'argent entre nous et les anarchistes. On fait exprès de nous confondre quoiqu'il n'y ait rien de commun entre nous, ni philosophie, ni doctrines économiques et politiques, ni tactique. Un seul point commun: c'est la critique de la société capitaliste. Mais cette critique est commune à tant d'écoles! M. de Mun, à ce point de vue, raisonne comme Jules Guesde, les socialistes évangéliques en Allemagne, les sectateurs de l'armée du Salut à Londres, les sociajistes de la chaire dans les Universités d'Outre-Rhin, les coopérateurs
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