LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ELUS pendant, un journ:ilistt:, soit frappé de mort civile, la première et la plus dure des réprcssio1~s, pour avoir jeté sa pensée sur le p:ipier, pour avoir exprimé son opinion clans de'.' articles de journaux dont aucun pris à part - entendez bien - n'avait été tr~duit en justic:!. (Très bien! très bien! 11 l'extrême gauche.) Je leur demanderai ce que pensent leurs consciences républicaines de ces tribunaux d'exception en général, et, discrètement, de celui qui a frappé Rochefort, en particulier. Les tribunaux d'exception ! Ces machines de guerre, ces balances ::i faux poids dont chaque juge est un ennt:mi personnel de l'accusé, il faut en convenir, d'où toute justice est exclue, dont les arrêts paris de passion et dt: haine n·o1:t de sanction, de valeur, d'autorité, qu'à la condition tl'0trc servis par la force et par la victoire. (Applaudissements à l'cxtnime gauche. - Bruit au centre et à gauzhe.) Faut-il retenir les mots prononcés, les accusations d'attentat, de conspiration ? Ro~hefort, conspirateur! Non, tout ce que vous voudrez, mais pas cela! Conspirateur, l'homme dont la vie est la plus ouverte, la plus transparente, la plus connue, la plus bruyante, qui jette chaque matin aux quatre vents de l'indiscrétion toutes ses idées! C'est bon de dire cela clans un roman, ce roman fut-il un réquisitoire; c·cst bon à faire affirmer par des témoins spéciaux, des témoins plus ou moins sortis de Mazas, et à qui personne ici ne voudrait se.ircr la main ... Mais, ici! J'csp~rc que votre dignité ne voudrait pas qu'on recourùt l1de pareilles mystifications. Qye reste-t-il alors? Ql1u:2 reste-t-il? Je vous le demande. li reste ce fait ino1i"1,triste entre tous, qu':iu mépris de nos traditions de liberté, de générosité et de tolérance, qu'à la confusion de notre bon sens légendaire et des brillantes qualités d'esprit dont le peuple français a l'apanage, nous supportons que l'un des premiers fondateurs de notre République ... (Exclamations au centre.) Comment, vous lui déniez encore cela? Soyez donc francs! Acceptez la vérité de l'histoire! Nous supportons, dis-je, que ce républicain qui nous a fait républic:iins soit éternellement condamné par cette même République, qui lui doit en partie son existence; que cet homme d'honneur et de probité qu'est Henri Rochefort, ce patriote :irdent et sincère soit chassé de sa patrie, tandis que nous voyom les épaves de toutes les réactions agir, commander au nom de cette même République dont Rochefort est exclu; tandis que les véritables conspirateurs proclament en toute liberté leur horreur de la République; tandis que ceux qui réellement ont commis ces crimes de Jese-patrie dont vous parliez tout à l'heure, monsieur le ministre, ceux qui ont vendu les secrets de notre défense nationale à l'ètranger ont vu leur prison ouverte et leur grâce signée! (Vifs applaudissements à l'extrème gauche et sur divers bancs à gauche.) Ne sentez-vous pas, messieurs, ce qu'il y a de choquant, d'humiliant, de scandaleux dans cette comparaison? Qye venez-vous p:irler de soumission et de repentir, comme si l'amnistie était une prime à la lâcheté et au déshonneur! (Applaudissements surfes mêmes bancs.) Ah! messieurs, il faut revenir à nos anciennes traditions de fierté et d'honneur national; il fai1t que l'amnistie soit digne de vous, et pom cela il faut qu'elle soit complète, entière, sans condition. (Très bien! très bien!)
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