l 18 LA REVUE SOCIALISTE Pour vous la faire repousser, on a fait appel aux sentiments que j'appellerai les moins français, les moins républicains, les plus indignes et les plus bas : la rancune et la peur, comme si ces deux mots honteux ne devaient pas être rayés de notre dictionnaire! (Très bien! très bien! à l'extr~me gauche.) On vous a dit que des ouvriers, des mineurs, des grévistes, naguere en rébellion, seraient les premiers bénéficiai.tes de votre généreuse intervention; mais on ne vous a pas dit ce qu'ont souffert ces mêmes mineurs, ces m~mcs grévistes, ce qu'ils souffrent encore; on ne vous a pas dit qu'i1 l'heure où je parle la répression se poursuit là-bas, i 111 placa ble (Applaudissements it rextrêrne gauche); que des centaines de famiilcs. chassées de leur travail ;it de leurs logis, errent à l'aventure d·unc compagnie à l'autre, sans trouver ni travail ni abri. (Très bien! très bien ! sur les m0mes bancs.) On vous dira que 1::t loi, que la magistrature, que la justice, ont rendu des arrêts dont la portée et la majesté seraient amoindries par l'amnistie que vous prononceriez en faveur des coupables; mais on ne vous a pas dit que pour beaucoup ces arrèts sont caducs, réformés par le temps et par l'opinion, et que. pour les autres, plus récents, 0 11 peut soutenir, sans choqner personne, qu'il y a eu dans l'action judiciaire une passion si coupable ... (Interruptions au centre.) M. LEPRÉSIDEN-T. Je vous prie de ne pas attaquer les decisions de la justice. M. ERNESTRocHE.- Vous avez raison, monsieur le pré~ident. Tout compte fait; il vaut encore mieux, pour tout le monde, oublier ces détails et ne voir dans la grande question de l'amnistie que l'effacement des maux soufferts et des injustices commises. (Applaudissements à l'extrême gauche.) Enfin il est un homme dont je ne peux pas me dispenser de parler ici. On vous dira qu'en ce qui concerne Henri Rochefort - car enfin il faut bien prononcer son nom - c'est l'éternel rebelle, le Satan moderne qui n'a pas encore désarmé, qui n'a pas suffisamment fait acte de soumission et de repentir pour mériter que ses nombreux crimes lui soient pardonnés. Certes, je suis trop l'ami d'Henri Roihefort pour essayer de faire son panégyrique devant vous. Il n'en a pas be,oin. Ses écrits, ses actes, sa lutte contre l'empire, dont tout républicain ici devrait se souvenir avec reconnaissance (Applaudissements à gauche. - Mouvements divers), sa transportation en Nouvelle-Calédonie, sa vie tout entière d'abnégation, d'honneur et de probité, tout cela parle pour lui avec une éloquence que nul discours ne sa_ura rendre. Cependant lorsque son 110111 se trouve mèlé à une proposition d'amnistie, il faut bien que je donne les raisons qui me paraissent militer en sa faveur. Ces raisons, je les donne, non pas seulement sous l'empire de l'amitiJ que je lui porte, mais en me plaçant à un point de vue plus élevé, au point de vue de l'amour et de l'intérêt que je porte à la République. (Tres bien! très bien 1 à l'extrême gauche.) Oui, c'est surtout au point de vue de la Justice €t des principes républicains que je veux me placer ici et que je vous supplierai de vous placer avec moi. Aux socialistes, aux radicaux, aux siroples républicains sans épithetes, quelle que soit leur animosité personnelle contre l'illustre proscrit, je demanderai si leurs principes démocratiques peuvent admettre qu'un citoyen indé-
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