LA REXUE SOCIALISTE qu'une question comme celle de l'amnistie ne sera pas résolue, elle rest.:ra imperturbablement à l'ordre du jour, inspirant et provoquant ici des colères, 1:i ._Jesenthousiasmes, ailleurs des rnanifèstations, soit de la foule, soit du suffr:ige universel; partout enfin devenant cause de passions et de désordres politiques. Est-ce cela que vous voulez. Je ne le pense pas. C'est pourtant ce qui scrJ, eu il est dans l'esprit, cÎans les traditions, dans le sang de notre race genéreuse, cle s'intéresser aux vaincus, auz victi111es, de les plaindre d'abord, de les ~éfendrc ensuite; de demander pour eux pitié, clémence, justice, et, si la grande voie de l'opinion publique n"est pas entendue, de les prendre eux mêmes comme cirapeau! Est-ce que les enseignements de l'histoire seront toujours lettre morte pour nous? Il n·en a pas été autrement, vous le savez bien, lors de la proclamation de la dernièreamnistie en faveur des condamnés de laCommune. Ah ! c'est surtout contre ceux-là qu'on ne s'est pas fait faute d'dever la voix et de réclamer les rigueurs de la justice! Eh bien! c'est poussés par le suffrage universel et le peuple que la Chambre et le Sfo:it ont voté l':1111nistie. li faut voir de quelle façon les premières propositions furent a.::cuèillies; il faut relire le concert d'imprécations jetées cle tous les bancs des deux Chambres 11l:i face de quiconque osait parler d'oubli et de pardon. « Ces incendiaires, disait-on alors, ces pill:irds, ces fusilleurs d'ôt:igcs, ces énergumènes qui os~rent défendre l:i République cl la sauver, qu'ils souffrent et meurent de faim plutôt; mais qu'on ne nous parle jamais de les amnistier, ni m~me de leur faire gr;\ce ! » Telles étaient les déclamations enflamn1t.:ès de la majorité à chaque demande d'amnistie. Qyi eùt dit, pourtant, que l'amnistie était si proche? ~1i eùt osé pronostiquer que les plus acharnés contre les révolutionnaire~ allaient subitement se faire les apôtres de cette mesure de réparation et de justice? lis s'en firent les champions clans des .::irconstanccs dignes d'ètre notées. Rappelez-vous-le, Gambetta prononça en fav..:ur des condanmc::s son plus c::loquent plaidoyer. Et le gouvernement d'alors fut le premier 11 supplier le Sénat, oui, le Sc::nat, d'oublier ses rancunes cle cask et de passer l'éponge sur Je sang des pr0tres et des gendarmes que la Commune avait cxecut~s. Qyel revirement s't:tait donc produit? Qyel événement était survenu? Qyel vent avait souftlé dans toutes ces tt:tes pour en bouleverser ks longu.:s .::olères et les invincibles répugnances! Ah! tranquillisez-vous! Cc ne fut ni la pitié au frisson géncrcux, ni la clémence aux inspirations plus élevées qui dicta leur conduite et motiva leur vote; et les revenus de l'exil et de Nouméa savent bien à quoi s'en tenir à ce sujet. Si le gouvernement d'alors, si la Chambre et le Sénat proclamèrent J'amnistie, que dis-je! s'ils s'en firent les propres initiateurs, c'est par obéissance aux indications et au verdict du suffrage universel, qui avait enfin parlé. On avait vu Bordeaux, cette ville bourgeoise, élire Blanqui par 8,000 suffrages; Roanne copier cet exemple, bientôt suivi par Lyon. On avait vu Paris élisant le forçat Tri11quet, et l'on sentit toutes les villes, men:içantes à leur tour, prendre comme drapeau le linceul dans lequel on se flattait d'avoir
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