La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

104 LA REVUE SOCIALISTE AU THÉATRE. - LE DISCOURS D'OUVERTURE. La salle, encore ornée de la décoration dont on avait fait les frais à l'occasion des fêtes franco-russes, était bondée de monde, et contrairement à ce que l'on aurait pu attendre à priol'i, les notabilités et les riches toilettes y affluaient. Ce n'était point là le simple effet de la curiosité pure. 11ne manque pas, à Grenoble, de gens qui raisonnent comme les administrateurs des grandes Compagnies et ne voient dans la coopération qu·un palliatif propre à adoucir les misères des travailleurs et à disposer, par suite. ceux-ci à supporter plus longtemps, ainsi atténuée, l'exploitation dont ils sont victimes. C'est là et non ailleurs qu'il faut chercher l'explication de la présence dans la salle, d'un sénateur, d'un conseiller général, d'un conseiller à la cour, d'un adjoint au maire, des membres de la Faculté de Droit, du recteur de l'Académie, et même de deux généraux en f?"randetenue !. .. Les députés de l'Isère, le maire et plusieurs apôtres de l'Economisterie, comme Jules Simon. Frédéric Passy et autres de la même nuance, avaient craint de se compromettre et, pour ménager des électeurs dont ils pourront avoir besoin, s'étaient bornés à dépenser chacun trois sous pour de banales lettres d'excuses, que M, Chiousse, président du Congrès, lut, après avoir remercié les assistants de leur présence et de leur concours. M. Fitsh, président du Comité central, préconisa ensuite l'action pratique immédiate. « Dans les questions sociales, dit-il, il ne suffit pas des théories abstraites, c'est de l'application surtout que nous demandons!» Cet ordre d'idées fut successivemant développé par MM. J. C. Gray et Mackesf, délégués anglais, Ch. Robert, délégué de la société de Parti..:ipation aux Bénéfices, Kergal!, président du syndicat économique agricole, Raineri, délégué du Crédit Populaire, et enfin Bernardot. délégué du FamilistèredeGuise, qui traça ainsi magistralementle programme de l'avenir: « Il ne faut plus la lutte pour la vie, mais l'union pour la vie. » Paul Doumer prit la parole le dernier, en sa qualité de rapporteur de la loi coopérative â la Chambre. Cet « ouvrier de la onzième heure,» comme il se qualifie lui-même, dauba d'importance sur les voyages qui, du Palais-Bourbon au Luxembourg et réciproquement nuisent à la jeunesse des projets de loi et les déforment. Puis il entra délibérément dans le vif du sujet en traçant les grandes lignes de la discussion, dont il résuma le programme par cette péroraison :

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