LE CONGRÈS COOPÉRATIF DE GRENOBLE 10; désireux de s'atteler résolument et utilement à la solution des diverses questions, en apparence si variées et si complexes, mais qui ne forment, en réalité, que des cas particuliers de l'unique problème social. LE PREMIER JOUR : ARRIVEE DES DÉLÉGUÉS Les interminables élections de cette année. qui ont forcé certains électeurs, comme ceux de Champigny-sur-Marne, par exemple, à se rendre au scrutin jusqu'à sept fois en moins de six mois, avaient forcément retardé le Congrès. On craignait que le report de celui-ci au 1 5 octobre nuisit, autant que l'éloignement de Grenoble, à l'exode d'un nombre important de délégués. Il n'en fut heureusement rien, grâce à la température exceptionnellement favorable et à la réduction de demiplace accordée aux Délégués par les Compagnies de chemins de fer. On aurait tort de voir, dans cette dernière mesure, une marque de généreuse sympathie accordée par les collectivistes capitalistes à leurs émules, qui commencent à pratiquer la collectivité de consommation. Cette sympathie est aussi illusoire que la philanthropie dont se targuent certains patrons qui pratiquent la Participation aux Bénéfices dans des proportions ridicules, laissant à l'ouvrier le mirage d'un œuf et au patron la réalité d'un bœuf. Ces braves hypocrites font tout simplement une bonne affaire. Les Compagnies de chemins de fer en usent de mème : elles encouragent un système qui permet à Jeurs employés de se nourrir et de se vètir avec une économie de 1; à 20 o/o, non point pour améliorer le sort de ces employés, mais pour éviter d'avoir à augmenter. dans une mème proportion, leur trop chétif salaire. Les Délégués ne s'y trompaient pas et ne faisaient nul mystère de leur intime appréciation, dès le premier jour où ils prenaient langue avec les commissaires grenoblois, empressés à les attendre à la gare, pour les conduire aux divers h6tels où des chambres, confortables et à des prix modérés. avaient été retenues à leur intention. C:!tte première journée, comme dans la plupart des Congrès, fut uniquement employée à préparer les séances de travail. Le matin, les délégués, arrivés de ~a veille, firent vérifier leurs pouvoirs, puis fraternisèrent, dans un banquet offert par les organisateurs grenoblois, à l'issue duquel ils se rendirent au théâtre, élégant et coquet, situé sur une petite place, où, par une de ces ironies qui échappent à tous les Philistins, Bayard mourant d'une arquebusade commandée par le traitre de Bourbon, se dresse en face du Palais où est censé se débiter l'humaine justice! ...
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