La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

ECONOMISME, SOCIALISME ET SOLIDARISME 3 la terre, des soucis du corps. Mais les nécessités de la vie furent plus puissantes que les théories et que les édits: les rois, l'Eglise elle-même, furent obligés de se relàcher de leurs sévères réglementations : l'ascétisme fut dès lors remplacé par l'utilitarisme païen; et la royauté triomphante de la Monnaie engendra le Mercantilisme, le colbertisme ou protectionisme national avec la théorie de la balance du commerce. Mais une analyse plus profonde du fait économique ne tarda pas à démontrer l'erreur du Mercantilisme; et l'Angleterre. triomphant de la Hollande, après son Acle de la Navigation, proclama le libéralisme économique comme la loi suprême qui a été le point de départ du déchainement de l'individualisme économique, de la libre concurrence, de l'industrialisme et du capitalisme de nos jours. De même que les médecins d'aujourd'hui retrou,·ent dans les écrits d'Hippocrate et des médecins de tous les temps et de toutes les écoles, une foule d'observations justes et de préceptes utiles, ainsi nous pourrions relever dans les divers écrits des économistes anciens de nombreuses constatations vraies aujourd'hui comme alors, de nombreux plans de réformes ou d'améliorations qui se répètent chez nos théori- • ciens actuels; mais aussi, de même que, dans l'ancienne médecine, les observations les plus justes sont gâtées par des considérations théoriques que nous ne pouvons même plus comprendre, ainsi, en économie politique, les constatations les plus judicieuses, les enseignements les plus précieux, nous sont obscurcis, travestis, par des divagations mystico-métaphysiques qui nous les font méconnaître ou négliger. C'est ainsi. par exemple, que les Physiocrates, qui prétendaient fonder l'Economie sur les lois de la nature, entendaient par là ,< l'ensemble des desseins de Dieu pour la conservation et le bonheur de notre espèce. » (Quesnay). Aujourd'hui nous ne sommes pas beaucoup plus avancés : nous sommes en présence de deux écoles adverses, ennemies même, l'Economie orthodoxe et le Socialisme doctrinaire, qui ne semblent guère se douter de leur étroite parenté et de leur erreur fondamentale dans le même absolutisme de conception des lois économiques et la même méconnaissance du Relativisme inévitable de toute connaissance. Tandis, en effet, que les orthodoxes de l'Economie se contentent d'affirmer et de proclamer leur « laisser faire » sous prétexte que les faits économiques sont régis par des -< lois naturelles », les socialistes utopistes pensent que le bonheur humain dépend de leurs formules. Seulement, pendant que !'Economisme s'immobilise dans sa superbe quiétude, protégée, choyée par les privilégiés dont sa science incomplète et illusoire défend les prérogatives et les iniquités, les Socialistes poussés par les nécessités de la vie, instruits par l'expérience de tous les jours, entraî · nés par le flot montant des opprimés, s'orientent peu à peu dans le labyrinthe économico-politique et se posent de plus en plus nettement ' ,

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