La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

2 LA REVUE SOCIALISTE pou,·ons pas plus demander ici que dans le reste de nos spéculations, un accord, une entente. dont nous comprenons l'impossibilité en raison du caractère contingent, variable. effroyablement complexe de toutes les choses sociales. Nous ne nous arrèterons pas davantage à nous étonner du caractère métaphysique de toutes ces doctrines, attendu qu'il n·y a là qu'un effet tout naturel de répercussion d'une mentalité séculairement métaphysique, dont nous ne verrons disparaître les traces que par les progrès incessants de l'esprit scientifique. De mème qu'on a disserté sur lî10mme, sur son essence et sa destinée. arnnt d'a,·oir fait son anatomie, avant d'avoir appris sa physiologie, avant que l'c1natomie et la physiologie comparées nous aient montré les liens qui l'unissent au reste du monde organique, d'où une métaphysique psychologique qui a dominé jusqu'ici la mentalité hu111aine, faussant la conception de la vie, ainsi pour la société, on a con~111encépar ne voir que l'homme abstracti,·ement, on a èdifié des systèmes, on a fabriqué des sociétés avec des idées et des principes, créant ainsi une métaphysique sociale, simple pendant, si111ple corollaire de l'autre, dont nous com111ençons à peine à soupçonner l'erreur fondamentale. Delà, un défaut général d'entente, chacun ayant son système et se croyant seul en possession de la vérité, comme aux plus beaux jours de la Scolastique et des Empiriques; de là l'inutilisation des faits dont la signification rest;:i incomprise, de là la méconnaissance séculaire des enseignements de l'histoire c'est-à-dire de l'expérience sociale ( 1), de là ces retours aux mêmes errements, de là ce jeu de bas- ..:ule, ,ie là ces mêmes calamités, ces mêmes fatalités. dont on a voulu faire les lois, les cycles qui régissent l'éYolution de l'humanité. Nous avons tellement l'habitude de prendre les mots pour des explications, nous confondons si facilement les mots avec les choses, que 'nous pensons, raisonnons et agissons 1e plus souvent en nous appuyant sur des mots dont nous méconnaissons ou négligeons lc1 signification. Il en est de l'Economie comme de la Morale : les sociétés ont commencé à s'organiser, à s'administrer longtemps avant qu'on ait pensé à maximcr les lois de la vie économique, absolument comme les hommes ont atteint un certain degré de moralité aYant d'ayoir songé à proclamer l' " essentialité de la Loi morale. >' En réalité, les principales doctrines économiques ne font que refléter la façon dont les générations ont été amenées par la pratique à P,iH"isager successivement la source de leur souYcrain bic:1. Cc:.;t ainsi 4ue nous \'oyons les philosophes de l'antiquih: d les Pcïes de ITglise. cntra111és pai- leur co:1ception tout~ morale du i_1onheuï. ru 1111 i k, 1. o 1lrc la ri..:hessc et p;èch~r l'ascé,ismc ou k d\:si:1tàess-:,1cnt lLs choses de

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