La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

. I PSYCHOLOGIE DU MILITAIRE PROFESSIONNEL 95 rents l'enfant est leur chose. lis s'étonnent si on veut les empêcher de le battre; il leur appartient, il est leur chose et ils sont les maitres. « La grande masse des nations, jouissant de la civilisation aryen-- ne, est encore· imbue de la même idée en ce qui concerne les animaux et il est difficilement conçu par elle que la collectivité doit réprouver-les sévices exercés sur des animaux par leurs possesseurs. lis sont la chose de ce possesseur, il pent donc en faire ce qui lui plaît. ,, ,< Cette conception existe même dans les rapports de la femme et du mari; elle subsiste encore vivace parce que nombre de femmes l'admettent, ne se révoltent pas. Pour les ouvriers, cette identification de )'autorité et dt la possession s'est beaucoup atténuée parce que les ouvriers, pénétrés de leur dignité d'hommes, se sont révoltés et ont obligé la collectivité à intervenir par des lois pour réglementer l'exercice de l'autorité patronale, lois souvent violées d'ailleurs. « Cette survivance d'un~ époque, où l'autorité impliquait possession et possession impliquait usage sans limite, explique les abus si nombreux qu'un sociologue constate dans l'exercice de tout pouvoir : familial, patronal, gouvernemental, militaire. « Chez les professionnels militaires, l'identification des conceptions ,< pouvoir & possession » subsiste entière. Le soldat, l'homme, est pour eux une chose qu'ils font manœuvrer, vis-à-vis de laquellé ils agissent à leur guise. Les lois, insffisantes d'ailleurs, instituées pour limiter leur pouvoir dans le but de faire respecter la liberté et la dignité humaine, sont lettres-mortes. Elles ont été annihilées, détruites en fait, par la solidarité qui unit ces professionnels. Dans les faits-types, par nous cités, on en trouvera des preuves. Suivant le code militaire français, le commandant Bazaine, le sous-lieutenant B.... de la R.... , etc., auraient dû passer devant un conseil de guerre et il n'en a pas été ainsi. Cela eût été, que le Code n'eût pas été appliqué, car les professionnelsjuges les eussent acquittés tout comme ils ont ·acquitté les sous-officiers coupables de même crime, tout comme en Allemagne ils ont condamné à des peines dérisoires. « Nous sommes donc amenés à conclure de ce qui précède que les faits criminels, ci-dessus cités et leurs analogues, ont pour origine la tendance générale des hommes à abuser du pouvoir dont i/s sont investis. La forme de ces abus est entachée de brutalité parce que la violence est la caractéristique du métier des armes. Tous les exemplestypes montrent cette brutalité; dans cet ordre d'idées, les derniers exemples relatifs à des médt>cins sont des plus lumineux. Les praticiens de l'art médical sont, par leur fonction même, poussés à être des individus pitoya~les, affectés de sensibilité, d'altruisme. Leur but est de guérir, par suite de soigner les malades dont ils ont la charge. Eh bien! pour la majorité des médecins militaires, la protession des armes a tellement retenti sur leur mentalité qu'ils sont aussi peu médecins

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