La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 8:; leurs droits réciproques, s'armeront pour la mèlée des forts, la plus noble de toutes. c~lle dans laquelle se précipita sous des noms différents toute l'élite de notre humanité, la grande bataille pour le droit et pour le juste. La guerre entre peuples civilisés était une vraie guerre civile. Nous la supprimerons en détruisant les aristocraties militaires et féodales, races de proie qui vivent de sang et de meurtre, et les louches bourgeoisies dont les rapines s'exercent sournoisement dans la nuit des haines et des guerres entre prolétaires égarés. Notre patriotis1i1e n'a donc rien de commun avec le Déroulédisme. li part avant tout d'une pensée morale. A côté de l'internationalisme toujours croissant de la science, des arts, des lettres, de l'industrie et du commerce qui tend à fusionner en un seul peuple toute l'humanité civilisée, nous établissons, nous socialistes, l'internationalisme des combattants du Droit et de la Justice, c'est-à-dire, pour reprendre un mot dont les conservateurs ont abusé, l'internationalisme des bonnètes gens. C'est dans cette voie que l'Humanité éclairée, marchera abandonnant aux études de la Société d'Antbropo!ogie les patriotes intempérants: ces derniers sont des cas intéressants d'atavisme, de survivances barbares dans un milieu qui se civilise; ils font partie de cette pré-histoire vivante dont Letourneau a si heureusement parlé dans son Evolutionde la 111orale. Nous ne relevons dans les .discussions de la Chambre qu'un seul fait réellement intéressant au point de vue social : c'est l'adoption définitive par 510 voix contre 6 (séance du 10 juin 1893) de la loi sur les accidents de l'industrie. Quoique ce projet ne soit point parfait, nous nous associons aux réflexions suivantes, par lesquelles Antide Boyer a justifié son vote : M. A ntide Bo)lt!I'. Avant le vote sur l'ensem bic de la loi, je tiens à expl iq uer mon vote et celui de plusieurs de mes amis. Cette loi constitue certainement un progres réel sur la législation actuelle et nous sommes heureux de rendre hommage aux efforts qui ont été faits par la commission pour donner satisfaction à l'opinion publique. Sur certaines dispositions que nous n'approuvons pas absolument, nous aurions voulu présenter des :imendements. Nous y avons renon.:é parce que nous sommes arrivés à la fin de la législature et que nous voulons, pardessus out, voir la loi aboutir. Nous avons cru devoir agir ainsi dans un intérêt facile à comprendre: nous estimon~ que si peu qu'on donne aux travailleurs, ils en profiteront. (Très bùm ! très bi,m!) Malheureusement, nous ne sommes point encore à la veille de la mise en pratique. Le Sénat avec son habituelle lenteur et son esprit essentiellement bourgeois va reprendre la loi! Espérons qu'elle ne sortira point trop défigurée de ses mains. A. DELON.

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