La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

APPEL AUX PAYSA~S 3 la dépendance de ge:~s qui les exploitent mais que, dans leur simplicité, ils s'imaginent les faire ,·ine. Tout cela fait, au moins. sept millions d'électeurs qui vous craignent, vous détestent, et sur lesquels vous n'avez d'autres moyens d'action que des paroles et des promesses qu'ils regardent comme menteuses ou chimériques. C'est dans ces foules rebelles qu'il ,·ous faut recruter des partisans. ce sont ces esprits obtus qu'il faut aiguiser et convaincre. Ce n'est pas avec des exhortations pathétiques que \'OUS les toucherez, aYec des raisonnements que vous vaincrez leur obstination, ni mème, ô révolutionnaires violents, mes frères, avec des coups que vous les dompterez. Ils sont plus forts et mieux commandés que Yous; ils vous l'ont bien fait voir en 7 1, et ils vous le prouveraient encore demain si, p::r malheur vous leur en donniez l'occasion. Parmi ces troupes ennemies dont nous venons de fair'-'. l'~numér:.ition, il en est sm lesquelles ,·ous ne pouvez actuellement rien tenter. car elles ne cèderont qu'à la force; j'entends les satisfaits. les repus. ceux qui s'engraissent à vos dépens; mais il en d'autres, et ce sont lc:s plus nombreuses, heureusement, sur lesquelles vous pou,·ez agir efficacement en employant des moyens appropriés. J'entends u1~bon combre de petits marchands et artisans gènés et surtout la foule d-:'s petits propriétaires de campagne. ceux qu·on a appelés dédaigneusement les ruraux, les pays:ins. Ceux-la ne sont pas des joui·seurs. des repus: Ct: sont de rudes travailleurs: ils n·ont nullement à s~ louer de la part qui leur e.;t faite dans la distribution des biens et n·en sont pas plus contents que vous, quoiqu'ils le crient moins haut. Pounant, j'ose le dire. ils peinent davantage que vous. et ils vous envient. Pour le paysan. l'ouvrier des villès est un monsieur, une sorte d'aristocrate. li porte des habits de drap fin, mange de la viande et boit du vin à tous SçS rep:is quand le travail marche. puis se gobergè lès mains dans l~s poche~. quand le travail ne \'a pas. Lui, pay-;an, est grossièrement vdu. il 1~e mange de la viande et ne boit du vin qu'une fois par semair:e: t:11 r~·- vanche, le dur travail ,·a toujours. S'il entendait parler de ,·os huit h:2ures de travail. huit francs par jour, il s'écrit::rait: Mais, moi, je travailk souvent le double, et ne gagne jamais moitié autant. llyade profondes différences entre lè tra,·ailleur des villes et le travailleur des champs, entre le paysan et l'ounier. Ni leur éducation, ni leurs mœurs, ni kurs aspirations ne sont les mèmes. L'ounier, gsnéralement plus instruit, plus 11ourri de lecture et frotté de civilisation a. pour idéal, l'indépendance et l'égalité sociale. Son esprit om·ert :1ccueille facilement, trop facilement parfois, les nouveautés. Chez lu1. l'enthousiasme et le dévouement à une cause sont choses fréquentes sinon communes. et l'élite vit dans les idées comme dans son élément. Le paysan est resté plus près de la nature. Il faut, pour le toucher, lui présenter quelque chose de positif, d'immédiatemcnt réalisable. Rien

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