La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

4 LA REVUE SOCIALISTE de plus rare, chez lui, que l'enthousiasme pour une idée. Au fond. son àme est demeurée attachée à la glèbe. au sol: si ce n'est plus par la force. c'est par l'amour. Cette glèbe dont il a été si longtemps l'escla,·e. il en veut devenir le maître et nulle félicité ne lui paraît supérieure à la possession du sol. Q!1el que doi,·e être, dans l'avenir, !e mode d'exploitation des terres, nous n·a\'ons pas à nous en occuper ici: nous constatons seulement ce fait, que. façonné par un long atavisme, le cerveau paysan est dominé par l'amour du sol et qu'il ne redoute rien autant que de s'en voir déposséder. Or, on sait que pour éloigner les paysans du socialisme, les conservateurs, dès longtemps, ont eu soin de leur présenter le partage des terres comme le premier article de son évangile. Ils ont surnommé les socialistes les p{lrf{lgcnx, et cette manœuvre a si bien réussi qu'ils n'ont de partisans dans les campag-nes que les misérables journaliers à qui tout espoir d'arriver a la propriété est interdit. Or, ce nombre de paunes gens est relativement faible. La masse rurale est composée de petits propriétaires. et sa force numérique est telle que l'on peut dire du parti qui possède son appui qu'il a pour lui la majorité du suffrage uni\'ersel. Socialistes qui voulez arriver légalement au pou,·oir, ,·ous n'a\'e7. donc qu'un seul moyen d'y parvenir, c'est de conquérir cette masse, l'amener à Yous, rallier les paysans. III Rallier les paysans. voilà qui est fort désirable à tou::, les points d..: nie : mais comment ? Q!1elle idée, quel coin faire pénétrer dans ces têtes dures pour ie~~ ouvrir et lem faire comprendre les avantao-es de la collectivité du so- t"> ' cialisme? Q!1c pouvons-nous, j'entends dans la situation actuelle du parti. poL;r les paysans? Q!1e pcuvons-nous même simplement leur offrir qui soit capable de les tenter? Les organiser en syndicats comme nous avons fait pour les ouvriers des villes, cela pourrait convenir aux journaliers et on l'esaie avec juste raison. Mais ces intéressants travailleurs sont trop dénués, trop ignorants, trop dispersés, pour espérer lx:aucoup de tels syndicats. Ne perdons pas de vue que c'est surtout les petits propriétaires qu'il s'agit d'émouvoir. Ne pourrait-on proposer pour allégèr leur fardeau d'exempter de l'impàt certaines catégories de propriétés rurales? A Paris, les loyers au-de::,sous de cinq cents francs ne payent pas la cote mobilière; quelque chose de semblable pourrait se faire aux champs. - Les objections seraient fortes et nombreuses contre l'application immédiate d'une semblable proposition. Et, d'abord, si à Paris, le petit locataire ne paie pas, la ville paie pour lui. Qµi paierait dans les ..:ommunes composées presqu'entièrement de petits propriétaires? Et si l'Etat renonçait à récupérer l'impot, comment sup-

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