80 LA REVUE SOCIALISTE Je me souviens qu'au Congrès de Paris, chaque nationalité demandait pour soi l'honneur de posséder le pire des bourgeois. Le bou;-geois hollandais peut aborder un tel concours et il a beaucoup de chance d'obtenir le prix, car il est le type complet du parve!"lu, courbé devant quiconque a plus d'argent que lui, tyrannique pour quiconque est mis par la pauvreté en sa puissance. Il oublie jusqu'aux formes que prescrit la civilité et dont un vrai gentilhomme ne se départit jamais. Un exemple unique, en son genre : Lorsque j'étais député, aucun des membres de la Chambre n'avait le courage de converser avec moi. à peine si quelques-uns me saluaient. Pendant près de quatre années je fus traité comme un lépreux. Où trouve-t-on le pendant d'un esprit tellement borné ? Nulle part, il ne ressort d'une façon plus distir:::te que l'émancipation du prolétariat ne peut être que par le prolétariat lui-même, que tous les partis sont une masse unie contre le socialisme. Q\.1i fut le premier, dans la Chambre, à réclamer du ministre qu'il envoyât des soldats dans les contrées où la population crevait de faim? C'est un radical, un riche paysan, élu a\·ec l'aide de quelques socialistes, parce qu'il coquetait dans ce temps-là avec le socialisme. Si la lutte entre socialistes et radicaux est tellement violente, c'est peut-être parce que le manque d'honnêteté n'est dans aucun parti aussi grande que chez les radicaux. Ils feignent d'aimer l'ouvrier, mais en réalité, ils ne sont que des ambitieux, des libéraux mécontents, qui font de l'opposition parce qu'ils convoitènt la place des gouvernants, suivant la devise : ôte-toi de là qlle ie Jll'y mette. Le mécontentement est terrible et quoique le ministère libéral tâche de conjurer la tempête par un projet de loi électorale, par laquelle le nombre des électeurs augmenterait de 300,000 à 800,000, les socialistes ne se laissent pas leurrer par de petites réformes qui favoriseraient l'entrée à la Chambre de quelques ambitieux et augmenteraient simplement le nombre des satisfaits. La situation est fort sérieuse et s1 l'esprit du peuple était partout ce qu'il est dans certains partis du nord, la révolution pourrait éclater sans nous inspirer d'inquiétude pour le résultat. Mais il y a encore un nouveau danger. SupposeL qu'une révolution politique réussit et que la maison d'Orange, par exemple, soit déclarée déchue du trône, qu'une série de réformes dans l'intérêt du peuple, le grand souffre-douleur de tous les temps, fùt introduite, quel en serait l'effet? L'empereur d' Allemagne, le plus puissant barbare du temps présent (après son oncle Alexandre III), l'ami de notre régente, une princesse allemande, accourrait avec ses cohortes pour rétablir l'ordre, comme on dit dans la langue diplomatique. Et nous serions massacrés et annexés. La situation a beaucoup de ressemblance avec celle qui précéda la Révolution de 1 789. Nous avions
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