LA SITUATION EN HOLLANDE 79 lois est dans le ventre du législateur, la quintessence des lois est définie par le sac d'argent du législateur. Nous autres, socialistes révolutionnaires, nous cherchons notre force non pas dans le parlement, mais au dehors, parmi le peuple luimême, _etc'est pourquoi nous ne visons pas à faire entrer un grand nombre de députés dans la Chambre. La question sociale ne trouve pas sa solution dans les parlements (ce point de vue naïf et utopiste n'est pas le nôtre) mais dans la rue, et on verra, comme cette année en Belgique, le mê1J1eparlement refusant tout quand la rue est calme, se faire conciliant dès que le peuple descend dans la rue. C'est la force qui règle le monde, ou du moi:1s c'est la peur de la force. Ici, nous avons vu la même chose. Les pamTes crèvent de faim et l'assistance publique ne donne que dans les cas extrêmes. Les ouvriers avec femmes et enfants sont venus exiger du pain. li y a eu des révoltes, des vitres cassées, des représentants de l'autorité frappés, et après on a donné du pain. Naturellement, les soldats sont venus en même temps pour étouffer toute tentative de \'iolence. L'état de siège a été proclamé, mais au lieu de se sentir opprimée, jamais la propagande socialiste n'a été si grande que pendant cette année. La mauvaise \'Olonté des autorités apparut évidente; on vit que les réclamations des familles affamées étaient reçues avec du plomb, et alors beaucoup ont adhéré au socialisme. Peut-être on pense que c'est un fait passager; mais non. L'hiver prochain on en aura la répétition, car 1~chomage ne diminue pas et la faim reviendra nécessairement, car tant que la cause n'est pas supprimée, les conséquences restent les mêmes. Le gouvernement a perdu du terrain et le socialisme en a gagné. La preuve la plus éclatante c'est qu'on va augmenter les brigades des maréchaussées. Ce simple fait vaut des volumes d'arguments. A Amsterdam, il y a une guerre de guerilla entre le peuple et la police. Pendant la visite que la reine fait toutes les années à la capitale pendant six jours, chaque soir on a eu des rixes. et des batailles avec les agents. L'autorité accumule bêtises sur bêtises. Il n'y a pas longtemps, le bourgmestre défendait de chanter dans la rue. Depuis on chante partout; le policier frappe quand il peut, mais quand il frappe d'un coté les chants commencent d'un autre coté, et la police n'y peut rien. Seulement l'autorité est minée par de telles sottises. Aucun parti n'ose maintenant tenir ·une assemblée publique avec libre discussion, car les socialistes sont partout et profitent de chaque occasion pour propager leurs principes. Il y a même des sociétés où on a défendu dans les statuts d'accepter des membres socialistes. Les catholiques commencent aussi à s'organiser pour exploiter le socialisme et continuer la domination du capitalisme.
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