La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA SITUATION EN HOLLANDE alors un stadhouder, le prince Guillaume V, marié avec une princesse prussienne, et lorsque l'opposition augmentait dans le pays d'une manière inquiétante, une armée prussiennè venait consolider la position du prince. Mais peu après, celui-ci préférait fuir en Angleterre plutôt que de s'exposer au même sort que Louis XVI. Les Orange ont toujours eu une remarquable qualité, celle de savoir fuir au premier danger et de revenir aussitôt le danger passé. Eh bien ! il en résulte une position très compliquée, mais en même temps on voit par cela que notre catise est internationale, Si nous avions la certitude que dans le cas où une révolution politique éclaterait ici, les socialistes allemands prendraient une attitude si menaçante que l'empereur, par crainte de troubles intérieurs, n'oserait risquer une guerre, nous aurions plus de d1ances de réussir. Si aucune intervention extérieure n'était â redouter pour nous, nous arrangerions nos affaires d'une manière satisfaisante. Maintenant les troubles ne sont que des batailles d'avant-poste, dans lesquelles on peut s'exercer pour le grand jour qui approche de plus en plus. t Nous n'oublions pas qu'une séried'escarmouches précède toujours une grande révolution, ainsi que Taine l'a démontré si justement. Le déterminisme, que nous acceptons, nous dit que les révolutions ne tombent pas du ciel pour donner aux hommes en une fois tout ce qu'ils désirent. Bien des causes doivent auparavant avoir miné les fondements de l'état et de la société. Ce travail souterrain est dans les meilleures mains, car une bourgeoisie stupide et bornée ne reconnait jamais les signes du temps que lorsqu'il est trop tard. Chaque faute du gouvernement est exploitév et l'expfrience nous dit que les arrêts des tribunaux ont été toujours un des moyens les plus sûrs pour gagner l'opinion publique. C'est la dernière espérance de la bourgeoisie. L'armée et la justice étant entre ses mains, l'avenir du peuple travailleur est riste et sombre. Mais la confiance dans l'armée n'est pas si forte qu'auttrefois. Il n'en est peut être autrement, surtout dans un pays comme le nôtre, où, par le système de recrutement, semblable à celui de Napoléon Jor qui l'a introduit, l'armée est purement une armée prolétaire. Les idées socialistes marchent, et les fils des socialistes qui entrent dans l'armée y font une propagande très vive qui inquiète les gouvernants. Il n'y a pas longtemps,- le drapeau rouge flottait sur une caserne d'Amsterdam. Et, quoi qu'on dise, on n'est pas coniplètement sûr de l'armée et, quand le dernier rempart de la bourgeoisie sera pourri, le dernier jugement de tant de cruauté et de bassesse ne peut se faire attendre. Puisse-t-il être le dernier ! Mais nous sommes persuadés qu'u_ne seule révolution ne suffit pas, que par la prochaine révolution, une ère des révolutions va s'ouvrir. Nous craignons, surtout, que la petite bour6

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