LA REVUE SOCIALISTE comme députe à la Chambre un socialiste. c'est-à-dire l'auteur de cet article et quand on sait que le suffrage est très restr~int, environ 300.000 électeurs dans tout le pays, presque un quart des adultes masculins, on admettra que la force du socialisme doit être très grande. Ce siège a été perdu, parceque le radicalisme, qui s'efforce partout de recueillir les fruits que les socialistes ont semés, a eu, de commun accord avec tous les autres partis, le triste courage de chasser l'unique représentant des intérêts ouvriers. Mais nous ne sommes pas ici des socialistes parlementaristes, qui attendent du parlement le triomphe de leur cause, et c'est pourquoi nous ne visons pas avant tout à posséder un grand nombre de sièges à la Chambre. Nous avons l'idée que ce n'est pas la puissance politique qui règle les phénomènes économiques, mais qu'au contraire ce sont les phénomènes économiques qui donnent leur cachet au mouvement politique. On peut vérifier la justesse de cette idée en comparant l' Angleterre et l'Allemagne. En Angleterre, où on n'a pas un seul deputé socialiste au parlement, mais où le mouvement ouvrier est le plus avancé du monde, où les Trades-Unions forment une puissance formidable, la législation ounière est la plus étendue presque de l'Europe. Pourquoi? Parce que les ouvriers très bien organisés ont forcé les membres du parlement à s'occuper de leurs intérêts. Au contraire, en Allemagne, on trouve des députés socialistes au Reichstag depuis Yingtcinq années, et qu'est-ce qu'ils y ont fait? La législation ou,,rière n'y signifie pas grand'chose. La raison, c'est que la force des ouvriers, le développement économique n'est pas si avancé. Partout où le parlementarisme l'envahit, le socialisme gagne peutêtre en largeur, car tous les mécontents se rangent avec leurs votes parmi les socialistes, mais il perd en profondeur. On devient soi-disant pratique, mais on perd le caractère carrément révolutionnaire que Marx et Engels ont magistralement défini dans le Manifeste communiste. Auparavant on disait toujours que l'oppression économique est la base de la servitude sous toutes les formes - misère sociale, abaissement moral et intellectuel. Mais maintenant une partie des socialistes et la plupart des Allemands sont d'accord avec Bebel, déclarant au Congrès d'Erfurt : Avant tout, nous devons conquérir la force politique et l'utiliser, afin de pouvoir conquérir la force économique par l'expropriation de la société bourgeoise. Q!.1andla force politique sera en nos mains, le reste ira de soi « findel sich das weitere von selbst ». Qu'est-ce à dire? Est-ce que l'impuissance économique peut conquérir l'omnipotence politique? Depuis quand les moyens politiques d'une classe sont-ils autre chose qu'une représentation des moyens économiques. Voilà où on arrive par le parlementarisme. Non, comme un socialiste l'a dit avec tant de sagesse : l'esprit des
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