LA SITUATION EN HOLLANDE 73 Mais une fois les maîtres, ils perdirent cette énergie, et les fils des héros-pirates devinrent de prudents conservateurs. On était trop riche; l'emblème du Hollandais du XVIII• siècle est le bourgeois satisfait, assis sur un coffre-fort en fumant son tabac et ne désirant que le repos. L'esprit d'initiative disparut, et le peuple qui un instant avait été à la tête du moùvement progressif et libertaire, en forma la queue. Q!wique affaiblis, les traits et le caractère de la race n'ont pas encore disparu tout à fait. Il y a quelques années, la mort régnait dans la politique, et quand le congrès de l'Internationale eut lieu en 1872, l'esprit des ouvriers se montra très hostile. Un des délégués disait alors : ,, Ce sont des bêtes ». Arrivés dans le mouvement très tard, nous avons surpassé les autres, et, sans forfanterie, nous pouvons dire que le mouvement socialiste chez nous égale celui de l'Allemagne. On pourrait se demander s'il n'est pas supérieur en profondeur, dans ce moment où l'Allemand gagne si rapidement en largeur. Nous avons parcouru toutes les phases de chaque mouvement réformateur, c'est-à-dire la période de négation, de silence,puis la période de raillerie, de calomnie, et enfin la période de persécution. Il y a une dizaine d'années, quand les produits agricoles comme le beurre et le fromage, élevèrent leur prix, les paysans connurent la prospérité. Quand on voit les fermes en Hollande, surtout les palais des paysans en Groningue, on doit admettre que rien au monde n'égalait alors la richesse de ces contrées. Il fut témoin d'un luxe inouï : Par exemple, on vit des cuillers et des fourchettes en or, même des pots de chambre du mêli\e métal. Mais la crise vint et des milliers d'habitants, hier si riches, sont maintenant pauvres ou sur le seuil de la misère. Il n'y a pas longtemps qu'une enquête fut faite sur la situation des paysans et de l'agriculture. Du résultat, nous ne dirons qu'un seul mot : la condition de l'agriculture est « nettement défavor~ble >'. La situation est non seulement ,< loin d'être satisfaisante, mais beaucoup plus grave que beaucoup, fante d'avoir vu les choses de près, ne sont portés à le croire». Et aillel!rs : « Le bien-être a diminué presque partout, méme là où les circonstances étaient favorables>', mais, « là où ces circonstances favorables n'existent pas, où le sol est maigre, la décadence touche aux limites de la pauvreté, si elle ne les a dépassées déjà». Depuis 1881-87, le produit de l'agriculture a diminué de onze millions de francs ! La plupart des paysans ont pour aliments du pain noir (pain de seigle), des pommes de terre,' un peu de graisse ou bien de l'huile de navette. Des hommes et des femmes qui, pour un travail de qua-
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