La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

72 LA REVUE SOCIALISTE Congrès socialiste de Bruxelles, de la part des grands-prêtres du socialisme, et on comprendra que, même dans le mouvement socialiste, on attende très peu de nous. Et cependant cela vaut bien la peine de voir comment tout marche ici. Cet hiver nous avons eu des troubles dans le nord du pays, qui furent assez graves. C'était une vraie Jacquerie, dans laquelle il y eut des tués et des blessés, et maintenant il y a bien une cinquantaine de personnes qui g_émissent dans les prisons par suite de ces troubles. La Hollande n'est pas un pays industriel, mais plutôt agricole. Excepté Twenthe, Tilburg, Maestricht et les grandes villes, l'industrie n'est p,as la chose principale. On sait comment il est difficile d'introduire le socialisme parmi les laboureurs, mais quand on voit qu'à Leeuwarden, la ville principale de la Frise, dix ou douze mille personnes ont manifesté le 1" Mai pour la journée de huit heures, on comprendra l'étendue et la force du mouvement socialiste. Et dans les autres provinces, excepté celles du Sud, qui sont principalement cléricales, l'esprit est aussi bon et fort, de sorte que nous ne craignons pas qu'une révolution dans les villes soit massacrée par la campagne. On a trop négligé la campagne, et n'est-ce pas vrai qu'en 1848 comme en 1871, le mouvement socialiste à Paris a échoué, parce que la voix de la ville n'avait point d'écho dans la campagne? Les fautes du passé doivent, en nous instruisant, nous garantir contre leur retour. • Le peuple hollandais est flegmatique. Il n'a pas l'élan qui fait naitre au moment inattendu des héros. Il n'a pas l'enthousiasme prompt, mais quand il a une fois compris les idées socialistes, il ne recule pas. Quand on se figure le courage et la persévérance de ses ancêtres pour conquérir un pays, qui est partiellement au-dessous le niveau de la mer; quand on se représente comment ce peuple ne cesse de lutter encore contre un des éléments les plus terribles, la mer; quand on sait que l'emblème de la Zélande : un lion nageant sur les vagues avec la devise : L11ctoret e111ergo, convient pour le pays entier, on comprend le naturel d'un peuple qui demeure tra11q11illuisn u11dis. li faut lire les œuvres magistrales de Motley, l'historien américain, qui décrivrt avec beaucoup de verve la naissance de la république néerlandaise, et aussi le livre de Busken Huët : Le Pays de Re111bmndt, pour se former une idée du courage et· de la persévérance du peuple néerlandais. Après la période de gloire et d'énergie, dans laquelle ce petit peuple joua un rôle prépondérant dans le concert européen, dans laquelle son drapeau tricolore flottait sur les océans et était respecté partout, après cela vint une période de décadence. Au XVI• et XVIIe siècle, époque de splendeur, succéda le XVIII• siècle, qui vit le déclin de son énergie. Pour voler et piller, il faut avoir de l'énergie et du courage, et tous les peuples coloniaux furent des voleurs et des pillards.

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