La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

MOUVEMENT SOCIA~ ï 5 1 mité, c'est parce qu'elle se sent et se sait assez forte enfin, tant par clle-mème ptlr l'appui des organisations proletarieunes de la peninsule, pour proclamer la république sociale. » Les politiciens et les publicistes qui affirment qu'une insurrection est imminente peuvent donc être, en ce moment tout au moins, suspects; il s'agit simplement d'expliquer, sinon de justifier, devant l'opinion, les mesures exceptionnelles que le gouvernement impose à la malheureuse île, et surtout celle qu'il s'apprête à lui infliger encore. C'est la terreur, en effet, qui règne là-bas, et c'est par la terreur que le ministère Giolitti espère enrayer les progrès absolument prodigieux du spcialisme dans l'Italie entière, mais depuis quelques mois particulièrement en Sicile. Lorsqu'il se sera convaincu, - et cela ne saurait tarder, que, par une telle voie, il n'obtient qu des résultats complétement opposés à ses désirs et partant à ses intérêts, le gouvernement du roi Humbert se réfugiera évidemment dans la guerre, à laquelle, d'ailleurs. il se prépare avec une hâte qui frise l'affolement, - la guerre, ultime ressource des gouvernements qui sentent le mort. Mais alors il sera trop tard. Toutes les troupes royales ne pourront se porter les Alpes, il en faudra laisser de grosses portions à Rome et à Naples, aussi bien qu'à Ravenne et à Catane, où elle auront fort à faire, - a moins, car tout est possible dans l'actuelle situation de la péninsule, qu'elles ne se contentent de regarder faire, ou même qu'elles n'aident à qui de droit. A. CHABOSEAU. Extrait du Petit Parisien : L'organisation ouvrière en Sicile, qui sous le nom de,< Fasci dei Lavatori >' (faisceaux de travailleurs) est assez puissante pour faire tembler le gouvernement, se compose de quatre cent mille traYailleurs sur deux millions d'habitants : La Sicile, on le sait", est le sol classique des organisations mystérieuses. Est-il nécessaire de rappeler qu'elle fut la patrie de la" Camorra » et de la « Maffia >> ? II n'y a donc pas lieu de s'étonner si les Fasci dei Lcwatori se constituèrent rapidement. Mais cette fois, on décida, dès que l'organisation eût été préparée, de lui enlevér toute apparence occulte; une Société secrète était illégale, elle pouvait être dissoute, défendue, poursuivie. On forma simplement des Syndicats ouvriers: cel<1,la loi le permettait; en se réunissant les travailleurs ne faisaient qu'exercer un droit indiscutable. Chaque " faisceau >' forme une sorte de syndicat isolé ; il a son Comité de direction, président et commissaire. Mais tous les " faisceaux » sont rattachés les uns aux autres, et ils ont, pour les diriger dans leur ensemble, un grand-maitre, assisté d'un Comité général. Ils solidaires entre eux, et si l'on touchait à l'un d'eux seulement, tous se lèveraient pour la défendre. C'est précisément, - et on le comprend sans peine, - cette discipline que possèdent les « /<'ascidei Lavato1·i >' qui alarment le gouvernement. Pour ceux qui ont étudié depuis quelques années la misérable condition économique de l'Italie, il est évident que ce qui se passe aujourd'hui ne peut être surprise. Le mal est général, d'ailleurs, dans le pays, et pas une région, pas une classe de la société n'échappent à ses atteintes.

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