710 LA REVUE SOCIALISTE que le patronn:lt ne les écouterait pas, donner plus de cohésion et d'ensemble au mouvement de coalition par lequel les travailleurs pouvaient espérer la la victoire. (Tres bien! tres bien! à l'extrême gauche. - Bruit.) Si vous n'avez pas voulu cela, je ne sais pas ce que vous avez voulu. M. FÉLIX FAURE. - Nous avons fait une loi de liberté, et non pas une loi d'oppression et de tyrannie. (Tres bien! tres bien! au centre.) M. JAURÈS. - Et maintenant, parce que les travailleurs trouvent, en effet. dans ces syndicats le sentiment d'une force nouvelle, qui leur permet d'espérer ]a réalisation de la pleine justice sociale, vous vous effrayez, encore une fois, devant votre œuvre. Et c'est chose étrange comme vous méconnaissez la situation présente. JI! n'en veux pas d'autre témoignagne que le langage de ce magistrat qui vous écrivait récemment, et qui assurément, n'imaginait pas vous déplaire en disant: « Les syndicats sortent de leur rôle, ils deviennent une sorte d'école. d'instrument de propagande socialiste. » Messieurs, il n'y a, que deux moyens pour les travailleurs d'obtenir l'amélioration de leur sort: ou bien des améliorations partielles, immédiates, précaires, par les coalitions, que vous appelez des grèves; ou bien une amélioration durable, définitive, normale, par la conquête des pouvoirs politiques pour réaliser l'idée socialiste. Et vous ne vous apercevez pas, lorsque vous faites un grief aux syndicats de se pénétrer de l'esprit socialiste et de sortir de la simple agitation professionnelle pour s'élever à une conception politique générale et supérieure, que c'est vous qui les acculez à la greve comme au seul moyen d'action, alors que le socialisme leur offre dans la conquête des pouvoirs politiques un moyen d'action plus efficace et beaucoup plus étendu. (Applaudissements à l'extrème gauche. - Exclamations et bruit au centre.) Ainsi il se trouve, messieurs, que le mouvement socialiste est sorti tout '.1 la fois de l'institution républicaine, de l'éducation laïque que vous avez décrétée, et des lois syndicales que vous avez faites; et en même temps il résulte de plus en plus des conditions économiques qui se développent dans ce pays-ci depuis cinquante ans. 11vous suffit de jeter un coup d'œil rapide sur la marche de la production dans notre pays pour constater que, dans l'ordre industriel, peu à peu la grande industrie, l'industrie anonyme, servie par les puissants capitaux et par les puissantes machines, se substitue de plus en plus au petit et au moyen patronat; et qu'ainsi l'abîme s'élargit et se creuse de plus en plus entre ceux· de plus en plus rares, qui détiennent les grands moyens de production et ceux, de plus en plus nombreux, qui ne sont que des salariés, livrés à toutes ]es incertitudes de la vie. Voulez-vous, par un simple chiffre, l'indication de ce mouvement rapide. qui travaille pour nous en détruisant cette union de la propriété et du travail qui avait permis à la société actuelle de durer? En 1871, la force des machines fixes employées dans l'industrie, s'élevait à J 15,ooo chevaux-vapeur, et en 1887, seize années apres seulement, elle s'élevait, d'apres vos statistiques, à 748,000 chevaux-vapeur. Elle avait plus que doublé. (Rumeurs sur divers bancs.) Eh ! messieurs, est-ce que vous vous imaginez - je crois surprendre dans
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