La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CCRPS ÉLUS l:l wnduite de l:t vie. (Applaudissents sur plusieurs bancs à l'extrémité gau(he et à l'extrémité droite de la salle.) M. LEMIRE-. Très bien ! tres bien! M. FERNANDERAML..:-I Vous oubliez. monsieur Jaures, qu'en décrétant l'instrudion laïque, vous ::.vezviolé la liberté dont vous parliez tout à l'heure! M. JAURÈS-. Par là mème, vous ava mis en harmonit: l'éduc:ition popu1:iire :ivec les résultats de l:t pens~e moderne; vous avez défénitivement arraché le peuple '.t la tu tel le de !'Eglise et du dogme; vous :wez rompu, non pas ces liens vivants dont je p:irlais tout à l'heure, mais lcs liens de passivité, d'habitude. de tradition et de routine qui subsistaient en(ore. Mais qu'avez-vous fait par là? Ah! je le sais bien, cc n'était qu'une habitude et non pas une croyance qui survivait encore: en un grand nombre d'esprits; nuis cette habitude était, pour quelques-uns tout au moins, un calmant et un consolant. Eh bien! vous, vous avez interrompu la vieille chanson qui berçait la misère humaine ... (Applaudissements sur les mème; bancs) et l:t misère humaine s'est réveillée avec des nis, elle s'est dressée devant vous et elle rtclame aujourd'hui sa place, sa large place au soleil du monde naturel, le seul que vous n'avez point p:ili. Oc même que la terre perd, par le rayonnement nocturne, une partie de la (haleur que le jour y a accumulée, une p:irt de l'énergie populaire se dissip:iit p:ir le r:iyonnement religieux <lans le vide sans fond de l"espace. Or, vous avez arrèté ce rayonnement religieux, et vous avez ainsi concentré, d:rns les revendications immédiates, d:ins les revendications sociales, tout h: feu de la pensée, toute l'ardeur du désir; c'est vous qui avez (•levé la température révolutionn:iire du prolétariat, et, si vous vous épouvantez aujourd'hui, ..:·est devant votre œuvre ! (Applaudissements à l"extrème gauche et à droite.) M. FtRNAND E RAMEL-. L'esprit religieux a fait plus, à lui seul, que tout œ que vous voulez faire. M. JAURÈS-. Et de mè111e,quand vons avez fondé les syndi..:ats ouvriers, qu·avez-vous prétendu faire? L'autre jour, un homme politique considérable - qui rappelait qu'il a ét~ lui-mème collaborateur de Gambetta et de Ferry, et qui viendra dire peutêtre it ..:ette tribune s'il a trouvé, rn effet, dans votre déclaration cet écho de sa propre parole qu'il s'attendait à y percevoir - dis:iit que les syndicats ouvriers avaient été détournés de leur véritable destination. Plusieurs membres du centre et à droite. - C'est très vrai ! M. Jaurès. - Qy'est-ce que cela signifie pour un esprit aussi positif et aussi clair que le sien? Est-ce que vous vous imaginiez, lorsque vous avez fait la loi sur les syndicats ouvriers, qu'ils seraient simplement une société de se(ours mutuels ou je ne sais quel!.: ébauche de société coopérative de consommation? Non. toutes ces institutions d'assistan.:e et autres existaient à coté et en dehors des syndicats ouvriers, avant eux. En instituant les syndicats ouvriers, vous ne pouviez faire qu'une chose: donner aux travailleurs, dispersés jusque-E1, le .\Cntiment d'une force plus grande, par leur réunion et pm leur cohésion ... (Très bien! très bien ! à gauche.) M. MAURICFEAURE-. M. Waldeck-Rousseau l'a dit. M. JAURÈS.- et, lorsqu'ils auraient des revendications à produire, soit sur la durée de travail, soit sur les salaires, et qu'ils s':!dresseraient au patronat, et

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