LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ELUS 711 <les rumeurs indistinctes une objection qu'on nous adresse très souvent - èstce •1ue vous vous imaginez, que nous sommes assez ineptes, assez b:i.rbares pour prétendre que c'est là un mal? Mais non! nous saluons au contraire dans la machine la grande libératrice qui permettra d'alléger un jour l'humanit~ du fardeau du travail servile qui pèse sur elle. (Applaudissements sur plusieurs bancs aux extrémités de la salle.) Seulement, ce que nous constatons, c'est que ce développement prodigieux du machinisme, qui en lui-même est un bien, a dans le régiine spécial de la production qui s':tppelle le régime capitaliste, cet effet saisissant, que de plus en plus, la puissance économique app:trtient à un nombre plus restreint de producteurs, qu'il devient de plus en plus impossible au simple salarié, à celui qui n'a que ses bras, d'arriver à l'indépendance, à l'autonomie, à la propriété; que le régime actuel est la lente et cruelle expropropriation de ceux qui n'ont pas les grands capitaux et qu'il prépare cette concentration souveraine du capit:ll que nous voulons réaliser, nous, pour y restituer à tous les travailleurs, dans la propriété nationale, leur part des intruments de travail. (Applaudissements à l'extrême gauche.) Et puis, au 'point de vue agricole, il est un autre fait qui doit vous frapper: c'est que la légende s'évanouit de plus en plus du paysan propriétaire de la terre de France. Je vous rappelle à vos statistiques gouvernementales. La statistique de 188:?, signée par l'homme éminent qui dirige le service de l'agri_ culture, par M. Tisserand, constate en effet que la petite propriété paysanne est une légende. (Protestations au centre.) Un membre. - C'est absolument inexact! M. RtoTTEAU. - Dans quel pays vivez-vous? M. PAULDOUMER-. C'est indéniable; il n'y a qu'à consulter les statisti- .ques ! M. JAURÈS-. Messieurs, voici ce que dit textuellement M. Tisserand: « En résumé, les moyens et grands cultivateurs détiennent ensemble les trois quarts du territoire agriéole, tandis que les millions de nos paysans en ont à peine le quart. » (Mouvements divers.) Voilà la constatation faite par vos statistiques. J'oubliais de compter les -statistiques ministérielles parmi les forces qui concourent au développement du socialisme! (On rit.) Donc, le mème mouvement va se produire parmi les paysans parce qu'ils n'ont pas en effet la propriété, parce que, parmi les 7 millions de travailleurs ruraux qui sont disséminés sur notre sol, il y en a à peine 1,5<=. '.l00 qui travaillent une terre à eux appartenant, - et encore ces petits propriétaires paysans sont-ils accablés et par l'impôt et par l'u~ure et par l'hypothèque. Et à côté d'eux, il y a 800,000 fermiers pour lesquels vous n'avez rien fait, il y a 400,000 métayers, :? millions d'ouvriers de ferme, :? millions de journaliers, un énorme prolétariat rural qui ne peut plus arriver à la propriété, qui est ruiné par le fisc et par la spéculation cosmopolite que vous n'avez pas su empêcher. (Vifs applaudissements sur plusieurs bancs aux extrémité de la salle.- Bruit au centre.) En sorte que, bien loin que vous puissiez trouver dans la démocratie rural un point d'appui contre la démocratie ouvrière, nous, nous irons puiser daqs cet immense réservoir des souffrances paysannes de quoi compléter la force 0 uvrière en vue de la conquête du pouvoir. politique et de l'expropriation
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