La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS part 11tous les congrès internationaux, elles ne veulent plus simplement constituer une aristocrntie ouvrière, se créer dans l'ordre capitaliste des avantages p:irticuliers; elles s'ouvrent à tous les métiers, aux plus misérables, à ceux qu·on :ippelai t disqualifiés; c'est l'idée socialiste qui s'affirme dans ce pays prétendu individualiste. Ce sont les formules mêmes du socialisme qui ont été récemment promulguées par le congrès des Trade's Unions de Belfast et, sous la pression de l'idée socialiste eu Angleterre, on voit le gouvernement libéral obi igé de proposer des lois sociales; on le voit intervenir dans les conflits entre le capital et le travail, non pas, comme les ministres de la République fr:111- ,·:iise, pour écra5er les travailleurs. (Appbudissements sur divers b:incs à l'extrémité gauche et à l'extrémité droite de la s:ille), mais pour amener une trève honorable qui calme, au moins moment:mément, la fermentation des haines. Et c'est devant ce mouvement universel qui entraîne à la fois les peuples Jes plus divers, quels que soient le climat, le régime politique et la race, que vous venez p:irler de quelques excitation, isolées! Mais vous faites trop d'honneur, monsieur le président du conseil, à ceux que vous accusez, vous donnez trop de puissance à ceux que vous appelez les meneurs. Il ne dépend pas d'eux de déchaîner un mouvement aussi vast~ et il ne suffit pas du souffle débile de quelques bouches humaines pour soulf\'er cette houle du prolétariat universel. (Applaudissements sur les m.:mes banJs.) Non, messieur~, la vérité, c·est que ce mouvement sort des profondeurs m~mes des choses; c'est qu'il ~ort d'innombrables souffrances qui jusqu'ici ne s'etaient point concertées, mais qui ont trouvé dans une formule libérat,ice leur point de ralliement. La vérité, c'est qu'en France mÊme, dans notre France républicaine, le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de la République que vous :ivez fondée, et du régime économique qui se développe dan, ce pays depuis un demi-siècle. Vous avez fait la République, et c·est votre honneur; vous l'avez faite inattaquable, vous l'avez faite indestructible:!, mais par là vous avez institué entre l'ordre politique et l'ordre éco11omique dans notre pays une intolérable contr:1diction. M. RENÉGostET. - Très bien! li\. JAURÈS. - Dans l'ordre politique la nation est souveraine et elle a brisé toutes les oligarchies du passé; clans l'ordre économique la nation est soumise :1 be:iucoup de ces oligarchies, et, entre parentheses, monsieur le président du con~eil, il ne suftisait pas de dire :1 la Chambre ce qu'elle sait amplement sans vous, que la question de la Banque de France se posera devant elle; il fallait lui dire de- quelle façon le Gouvernement entendaitqu'elle ftît résolue. (Applaudissements à l'extrémité gauche et à l'extrémité droite de la salle.) Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale qui trouveson expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C'est d'eux, c'est de leur volonté souveraine qu'émanent les lois et le gouvernement; ils révoquent, ils ch:ingent Jeurs mandataires, les législateurs et les ministres; mais, au moment mèment où le salarié est souverain dans l'ordre politique, il est dans l'ordre économique réduit à une sorte de servage. Oui! au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir, il est, lui s:rns garantie aucune et sans lendemain, chassé de l'atelier. Son travail n'est

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