La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

06 LA REVUE SOCIALISTE M. JAURÈS-. Je dis que, vous aussi, après bien d'autres, vous avez essayé , 'éluder le jugement d'ensemble qui doit être porté sur la situation actuelle en appelant les anathèmes de la majorité sur ceux que vous appelez les meneurs. Eh bien! permettez-moi de vous le dire, il y a là d'abord une lamentable contradiction. C:ir ces hommes que vous appelez les meneurs, s'ils se sont levés ava1,t le peuple, s'ils se sont levés avant le jour ... (Rires et exclamations diverses.) M. LAVY.- Cc n'est pas de l'éloquence ministérielle; ces messieurs sont difficiles. M. JAURÈS-. S'ils ont essayé. d'organiser le prolétariat avant qu'il fùt une force, s'ils ont annoncé une société nouvelle aux travailleurs encore résignés à la société présente, si, pendant longtemps, sans espérer aucune récompense prochaine, ils ont lutté n'ayant avec eux qu'une poignée de militants, affrontant ainsi tout :1 la fois la colère des gouvernements et l'indifférence plus terrible encore des travailleurs, ils ne sont pas les ambitieux et les intrigants que vous dites. (Oh! oh! à gauche et au centre.) lis ont été des hommes de croyance,· de~ hommes de foi. Mais si,·au contrair.:, vous prétendez qu'ils ont attendu, pour l'exploiter, que le mouvement se produisit. c'est donc qu'il s'était produit avant eux. C'est que cc ne sont pas eux les meneurs, c'est que c'est le peuple Iui-m~me qui les a menés. (Vifs applaudissements à l'extrême gauche.) En vérité, vous .:tes dans un état d'cspri t éttange. (Exclamations au centre.) Vous avez voulu faire des lois d'instruction pour le peuple; vous avez voulu par b pr.:s,e libre, par l'école, par les réunions libres multiplier pour lui toutes les .:xcitations et tous les éveils. Vous ne supposiez pas, probablement, que, dans le prolétariat, tous au même degré fussent animés par ce mouvement d'émanL ipa lion intellcctuellc que vous vouliez produire. Il était inévitable que quelques individualités plus énergiques vibrassent d'une vibration plus forte. Et parce que ces individualités, au lieu de se séparer du peuple, restent avec lui et en lui pour lutter avec lui, parce qu'au lieu d'aller mendier je ne sais quelle~ mi,érables complaisances auprès du capital soupçonneux, ces hommes restent dans le peuple pour préparer l'émancipation génùale de la classe dont ils sont, vous croyez les flétrir et vous voulez les traquer par l'artifice de vos lois! Savez-vous oü sont les meneurs, oü sont les excitateurs? lis ne sont ni parmi ces ouvriers qui organisent les syndicats que vous voulez sournoisement dissoudre. ni parmi les théoriciens, ni parmi les propagandistes de socialisme; non, les principaux menêurs, les principaux excitateurs, ils sont d'abord parmi l.::scapitalistes eux-mêmes, puis ils sont d:rns la majorité gouverncmenLlle dle-m.:me. (Applaudissements :-i l'extrèmc gauche. - Protestations au centre.) Ah! messieurs, c'est un singulier aveuglement que le vôtre, d':ittribut'r :1 quelques hommes l'évolution universelle qui se produit. N'ètcs-vous pas frapp~~ p:1r l'universabilité du mouvement socialiste? Partout, dans tous les p:rvs du monde ii édate /1la même heure. Vous ne pouvez depuis dix ans faire l'histoirè de 1:1 Belgique, de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Autriche, sans faire l'histoir.:! du parti socialiste. li en est de même des Etats-Unis, de l'Australie et mème de cette Angleterre qui était, selon vous, le refuge de l'individualisme; voiEI que tes Trade's Unions entrent dans le mouvement socialiste; voilà qu'elles renonc~nt ;. f1ir~ simplement une agitation professionnelle, voilà qu'elles entrent d:ins l'.ic~ion politique; elles ne s'enferment plus dans leur Il-~, elles prennen

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