L'AME DE DEMAIN d'expérience. Le vieil ouvrier qui se pendit hier à deux pas de mon logis dut philosopher bien mal au moment de se passer la corde au cou. Mais pourquoi me justifier? Il fallait l'inclairvoyance de votre irritation partagée pour vous faire oublier tous mes propos et tous mes actes antérieurs. Nous avons abordé les préoccupations de ce siècle finissant et en premier lieu j'ai eu le bonheur de \'OUS convaincre de l'intérêt que peut présenter la \'ie même à ceux qui donnent au rêve le meilleur de leur existence, car c'est la vie qui féconde le rhe et le met à même de la rendre plus tolérable. De même que dans les espèces organisées il n'y a pas de séparation absolue, de même dans le contemplatif gît un homme d'action que l'occasion manifestera, et inversement. Un homme tout en cerveau est un monstre aussi improbable qu'un homme tont en bras. J'en atteste la gracieuse personne qui lira sans doute ceci : L'amour n'est-il pas un des actes essentiels de la vie de relation! Et si Camille s'est repris à la vie active, comment veut-il que Ferrals, qui ne donne au rêve qu'une part de sa vie, ne se jette pas à corps perdu dans l'action sous toutes les formes accessibles! Je vous dis cela parce que vous n'avez pas la petitesse d'âme des ignorants et des égoïstes - deux mots pour une seule chose - et que je ne vous fais pas l'injute de croire que le détachement de tout cc dont vous êtes enfin revenu ait eu une autre cause qu'une passagère lassitude amenée par votre mauvaise santé et surtout par votre détestable hygiène mentale d'autrefois. Vous êtes tombé d'accord avec moi que si les savants sont impuissants à nous donner des idées générales et des règles de conduite, c'est seulement sur les fondations établies par eux que nous pouvons édifier nos pensées et nos. actes. Vous avez replacé à leu: plan les artistes de lettres et repris goùt à leurs efforts agréables. Vous avez renoncé à voir dans la femme un sphynx redoutable et divin ou un joli animal méprisable, et compris qu'elle peut vine à notre côté, parfois au-dessus de nous, par le cœur; en attendant que son intelligence, retardée par des siècles de sotte éducation et d'inculture intellectuelle presque absolue, rejoigne la nôtre, et l'affine, et la complete. En somme, dans ce monde mort à vos yeux, vous ne voyiez que ruines. Vous contemplez à présent une magnifique et durable forêt où meurent lentement de vieux troncs rongés encore chargés de quelques branches fleuries et où poussent avec \'igueur de jeunes plants pleins de sève, qui se dessècheront quelque jour. Rien ne commence, rien ne finit. L'âme d'un vieillard est mal à l'aise dans un corps de trente ans. Vous avez rajeuni votre âme à mesure que se raffermissait votre corps. Viennent de nouveau les épreuves physiques, je suis rassuré : il y a en votre cerveau assez de vaillance désormais pour conserver ir,tact le meilleur de vous-même.
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