LA REVUE SOCIALISTE le mal, les riches et ceux qui les subissent, les lois et les mœurs, Dieu~ le diable, et finalement soi-même. Si toutefois vous avez des curiosités dans cette direction, n'hésitez pas à les satisfaire. Ne vous arrêtez pas aux apparences grossières de l'enYers des choses, car c'est de là qu'est venu votre mal. Abordez franchement l'étude des doctrines anarchistes. Il y a de ce côté-là des penseurs qui méritent le respect des esprits cultivés. Cette utopie sera pour vos rêves un généreux aliment, le plus agréable dans l'ordre politique pour un contemplatif tel que vous. Soyez tranquille, je vous indique là un sentier où vous ne risquez point de rencontrer les snobes de l'anarchie mystico-mondaine. Daignerai-je à présent me justifier d'ètre rentré dans la politique active? Oui, mais en peu de mots. j'ai de l'activité à dépenser, et en moi le rêve aboutit à l'action écrite ou vécue, ou plutôt les deux. Dans une bataille sociale où tout le monde est intéressé, pouvais-je rester l'arme au pied! Car, ne vous y trompez pas : mille signes annoncent une subYersion totale. Le monde est à l'étroit dans son cadre actuel. Des besoins et des idées travaillent les masses. J'ai voulu voir de près et je me suis convaincu que mon devoir était de prendre rang dans l'un ou l'autre camp. Issu du petit peuple, ayant déjà tenté de le servir à ma manière autrefois, je fis taire mes préférences et jugeai de sang-froid. Je vis' la bourgeoisie voltairienne se faire dévote par [crainte du socialisme et pour te1;ter de recréer le Gendarme céleste à l'usage de l'ouvrier en rumeur de révolte. Cette hypocrisie me répugna et j'allai plus avant. Faites vous-même c,e travail mental dont je vous donne la clé, et pour peu que vous soyez porté à l'action, vous deviendrez socialiste, et socialiste militant. Notre jeunesse pensante y vient, à ces idées. Lasse d'entendre ses sceptiques professeurs d'idéal prêcher une vague formule de religiosisme athée, fatiguée de mettre du bronze autour d'un trou pour fondre un canon qui ne partira jamais, elle lit à présent les philosophes et les économistes du socialisme, Et, vous savez, ce n'est pas une mode, mais un courant. Ma foi, je n'ai pas voulu rester en arrière de mon temps. Manger est l'unique idéal pour qui ne sait s'il dînera. Je ne \'OllS conteste pas la misère et la bassesse de cet idéal. Mais il faut YOusen prendre à ceux qui mangent et boivent la part de leurs frères en humanité. Nous-mêmes, eussions-nous donné trois mois de notre plus cher loisir à une corre~pondance d'idées qui fut pleine de charmes pour moi si vous aviez été sevré de votre aisance et moi de mon nécessaire? Un tonneau peut suffire à Diogène et une écuelle lui être superflue. Dans notre civilisation bourgeoise, le cynique eùt été contraint de consacrer dix-huit-heures de sa journée à coller des abat-jour pour gagner une demi-drachme, ce qui est un rude abat-pensées, je puis vous en parler
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