L'AME DE DEMAIN pièges, toutes pratiques où se diminue la personnalité morale. Et surtout, qui dit politique dit embrigadement et discipline, c'est-à-dire abandon de l'individualité. Vous n'ètes pas le courtisan d'un prince d'ailleurs en exil; et vous vous drapez dans votre fierté républicaine. Vraiment, j'aimerais mieux vous savoir fidèle au malheur, entèté dans une belle et absurde foi monarchique et religieuse, que criant la folle enchère des mirages à la tourbe souveraine. A ce triste jeu, vous n'ètes pas de force. Il y a en vous trop de .sincérité et trop de dignité. Vous ne saurez pas dire à la foule les choses qui lui agréent et ne voudrez jamais retenir les vérités sévères qui se presseront sur vos lèvres. Le dernier savetier de faubourg ou n'importe quel rebut d'un barreau d'arrondissement vous battra. Vous avez le respect dès convictions d'autrui et vous ne vous croyez pas tenu d'outrager les ruines augustes que le temps a faites. Cette tolérance vous sera imputée à crime. Car, je les connais, vos démagogues. Jadis, j'en ai fréquenté un. Ah! le haïssable personnage! Qµoique vivant de ses rentes, il ne cessait de parler de la misère des travailleurs -en phrases apprises. Il méprisait ceux qu'on appelle les nihilistes pour leurs sacrifices qu'il déclarait stupides. Quoi! se vêtir grossièrement, aller épouiller des moujiks ivrognes, vivre en exil une existence chaste et recluse! - Des mystiques, faisait-il avec une moue. Et ces héros étaient jugés d'un mot. Il était porteur d'une supetbe barbe noire, dont il tirait autant vanité que de ses faciles triomphes de meeting. Condamné à quelques mois de prison pour je ne sais quel inoffensif discours, il obtient en qualité de « politique » quelques faveurs pénitentiaires, entre autres celle fort appéciable de ne point endosser l'uniforme du lieu. Le premier di1:nanche, il refuse d'aller à la messe. Le geèlier en chef, qui entend la morale à sa manière, c'est-à-dire .comme un geèlier, se met en tête de l'y faire aller. Ou la messe, ou le régime ordinaire des détenus, y compris la tondeuse et le rasoir. Une barbe vaut bien une messe, se dit le tribum après réflexion. Il alla à la messe et garda son ornement. Notez que l'animal ne peut rencontrer un prêtre sans toucher du fer ou un ignorantin sans faire « croâ ! croà ! » Il est, je crois, devenu sous-préfet ou administrateur colonial. Un jour il me conta comme un haut fait, une victoire de la libre pensée sur le fanatisme clerical, l'aventure suivante, qui vous montrera que sa délicatesse morale est bien inférieure à sa délicatesse physique, Entré en curieux dans une de ces boutiques à louer des quartiers populeux où les anglicans baragouinent leurs commentaires sur l'Evangile, il sembla prêter une telle attention au sermon que le pasteur, croyant gagner une âme, lui donna comme compagnon de route un jeune catéchiste alsacien. Chemin faisant, celui-ci se raconte. Orphelin, élevé par une société évangélique, il doit faire ce soir son début comme con-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==