LA REVUE SOCIALISTE monieusement. j'avais su donner une direction à ma pensée et tirer de la compagnie des hommes tout ce qu'elle comporte d'agréments quand elle est choisie judicieusement et cultivée a\'ec réserve. Même votre glorieux exemple m'avait ramené à celle que je fuyais, et la malicieuse amie qui se penche à cette minute sur mon épaule estime avec un sourire de vanité coquette que votre mérite y fut moins grand que le sien. Je suis bien forcé de la croire quand je contemple sa radieuse beauté, et aussi quand je vous vois vous mêler à la bagarre où triomphent les poumons solides et les poings énormes. Je ne sais pas bien si les gens valent la peine qu'on se donne à les gouverner et d'autre part je suis fermement convaincu que des gens tels que vous et moi n'ont point à s'occuper du régime politique, ni des lois, attendu que nous vivons en dehors et au-dessus de ces choses faites pour le vulgaire; car jamais nous ne tuerons ni ne volerons, ni n'aurons rien à demander au ministère ou à débattre avec ses préfets. Quel intérêt donc vous meut, ou quelle folie vous prend? Quoi, c'est pour en venir à s'exposer aux huées de la tourbe (populaire ou bourgeoise, c'est tout un) que vous me fites au début de cette correspondance une si fière profession de foi. - Où est donc celui qui voulait gouverner l'homme de dennin? - Il est, monsieur, dans une réunion publique, dévotement agenouillé 'devant le brutal Dé1110s d'aujourd'hui, fils des esclaves et des serfs d'hier, tyran parvenu, force aveugle déchaînée par des fous et des scélérats. • Vous vous étonnez que je me permette un tel langage, moi qui fut toujours déférent, quoique sincère et plutôt timide. C'est qu'à Yous voir, vous, mon maître, en si humiliante posture, cent mille coleres bouillonnent en moi. Je vous en supplie, regardez-vous en face, voyezvous dans mes ~-eux qui réfléchissent votre haute et belle personnalité de ces temps derniers. Relisez-vous et, j'ose le dire à présent, relisezmoi. Vous me comprendrez et ne \·ous reconnaitrez plus. Tenez, j'assistais l'été dernier à je ne sais plus quelle fête officielle en plem air. Je crois bien qu'il s'agissait de montrer aux population-. l'image en bronze d'un des hommes de carton qui s'imaginent mener le monde, alors qu'ils sont tout bètement l'expression plus compkte et plus affirmée des préjugés et de la sottise de leurs contemporains. Le soleil dardait d'aplomb sur les tètes découvertes par respect pour le gros personnage qui présidait l'apothéose. Et j'imaginais plaisamment que serait décoré, dans ce tas <le fonctionnaires, celui qui resterait le plus longtemps tète nue, c'est-à-dire celui qui aurait le crâne le plus epa1s. Ne croyez pas que votre qualité de candidat socialiste vous justifie à mes yeux. La politique est la politique, qu'elle crie,< vive le roi>~ ou ,<vive la commune>', et des gens tels que nous ne doivent point ia connaître. Qui dit politique dit tactique, feintes, ruses, mensonges,
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