LA REVUE SOCIALISTE férèncier.D ans trois mois, on l'enverra en Afrique prêcher aux noirs la bonne parole. On ne cause point sans boire. Puis, quel Alsacien refusa jamais une chope de bière du pays! Les chopes suivent les chopes. Notre politicien écoute avec un ricanement intérieur les confidences du futur martyr, heureux d'avoir une place point trop mauvaise, tandis que d'autres sans famille cherchent leur pain et ne le trouvent pas toujours. En Afrique, les missionnaires sont très bien. Ils sont les vrais rois de ces peuplades d'enfants. Et les chopes de succéder aux chopes, tant et si bien que le malheureux garcon se présenta, le soir, abonimablement ivre, voulut prononcer quand même son discours, fit tapage et scandale, finéllement fut expulsé de la congrégation. Le drôle riait aux larmes en me contant ce bon tour. C'est de ce jour que je cessai de le voir. Celui-là était un démocrate, un radical-socialiste. Ne me parlez pas de ces prétendus amis du peuple, ils ne valent pas mieux que les autres politiciens. Pour être plus grossiers, ils ne sont pas de moins mauvaise foi. Et puisqu'il faut qu'elle soit, je préférerai toujours la scélératesse élégante et polie à la scélératesse grossière et brutale. Pour si semblables qu'ils soient, les vices des raffinés de la civilisation me répugnent moins que les vices instinctifs des barbares. Croyez-moi, mon cher ami, je ne puise pas mon horreur de la politique dans les journaux mondains. Je sais qu'il faut au monde organisé tel qu'il est, des administrateurs et des législateurs. Le Gouvernement est un mal nécessaire, comme la prostitution. Mais puisque vous ave:r pris rang dans cette véritable aristocratie qui sait se placer au-dessus des lois, puisque vous êtes de ceux qu'on ne gouverne point, pourquoi vouloir être de ceux qui gouvernent. Le gouvernant, en démocratie, doit être taillé sur mesure, à l'image de ceux qu'il est censé gouverner et dont en réalité il s'inspire. Nous autres, au contraire, devons professer un respect dédaigneux pour des règlements politiques et administratifs qui, en somme, nous gênent fort peu, et ne nous servent absolument de rien. Si ceux de notre espèce avaient chance de se multiplier au point de devenir un jour l'unanimité, et cette hypothèse do~t réjouir un évolutionniste amoureux du progrès tel que vous, il vaudrait mieux qu'ils se fissent anarchistes. Ma foi oui, je vous le dis en toute franchise, vous ne m'eussiez choqué ni déconcerté en vous faisant anarchiste. Il y a je ne sais quelle grandeur sauvage, mais séduisante, dans ces pessimistes pratiques. Je les ai un peu fréquentés, jadis. J'en sais qui sont des saints, et d'autres, de vulgaires canailles. Il y a parmi eux des savants de génie et de féroces brutes, des héros et des mouchards, Les extrêmes de l'humanité se trouvent là, et point ailleurs. Si vous parvenez à me convaincre comme vous m'avez convaincu sur les autres points, eh bien ! je me ferai anarchiste. Je ne lancerai pas de bombes, parce que je suis de
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