La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE MÉCANISME OU MANDAT IMPÉRATff 68r Il est très facile d'exposer une théorie, surtout si elle s'accorde avec le sens commun. Mais sa niise en pratique abonde bien souvent en difficultés imprévues. La critique est chose aisée, car le mécontentement des travailleurs prépare un auditoire complaisant et une majorité certaine à quiconque parle, sans la déîrnir, de la réforme du mandat politique. Jusq u' ici, la démocratie d'avant-gardes· est contentée de préconiser le mandat impératif sans aborder l'examen de son fonctionnement. C'est ce que répètent à tout instant nos adversaires. croyant nous embarrasser. C'est fort beau, disent-ils, de dénoncer les vices du mandat tel que l'admet le parlementarisme. C'est fort juste de déclarer que le peuple doit, d'une manière permanente, exercer sa souveraineté sur ses mandataires infidèles. Mais, concluent-ils. par quelle procédure rapide. équitable, le peuple peut-il exécuter, en cas de félonie, ses élus avant l'expiration de leur mandat? C'est là, nous l'avouons, le côté faible de la revendication relati\·e au mandat impératif. C'est cette absence de solution pratique qui a, jusqu'ici, confiné cette réforme parmi les utopies de la politique sentimentale. Répondant aux interrogations de nos adversaires, nous nous proposons d'étudier ce point du débat effecti\'ement négligé jusqu'à ce jour par les théoriciens du mandat impératif. Le jour du scrutin est arrivé. Q!.1atrecandidats à la députation se présentent dans un arrondissement, à Paris, par exemple. Parmi ces candidats. se trouvent Louis Sincère, collecti\·iste, Paul Lerouge, radical, Victor Bleu, opportuniste, et Charles Dublanc, réactionnaire. Jacques Prolo, électeur de la circonscription, entre pour voter à la section indiquée sur sa carte électorale. Il remet son bulletin de vote au président du bureau qui. selon les formalités actuelles, dépose ce bulletin dans l'urne. C'est alors que va se produire une innovation qui, s'il y a lieu, permettra, pendant le cours de la législature, l'application du mandat impératif. Son bulletin une fois dans l'urne, Jacques Prolo remet au président, dans une enveloppe fermée, de format et de couleur uniformes pour tout le monde, sans autres signes extérieurs que ceux dont il sera question bientôt, un second bulletin au nom du candidat pour lequel il vient de voter. Ce second bulletin porte, au-dessous du nom du candidat, la signature de l'électeur. Sur l'enveloppe, délivrée ouverte à Jacques Prolo par les soins de la municipalité, en même temps que sa carte électorale,

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