La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA FRANCE (LA GRANDE DÉGÉNÉRÉE) chanter les louanges de Haynau ( 1)? et à approuver les massacres des femmes de Brescia? Pour prouver la cmauté et l' intolérc111fcrea11çaises. tu rappelles les scènes les plus regrettables de la Révolution et, particulièrement l'époque de la Terreur. Je ne veux pas en atténuer l'l10rreur. mais, pour bien les comprendre, il nous faut apprécier I es évènements qui précédèrent et les résultats qui suivirent. Les uns et les autres ont été trop fréquemment exposés pour quïl soit besoin d'y revenir! Les plus acharnés adversaires de la Révolution Française, eux-mèmes - entre autres Carlyle et Taine - n'arrivèrent jamais à l'apprécier comme tu le fais. Il faut remonter jusqu'à Burke, pour trouver un ouvrage aussi venimeux et d'une partialité aussi inqualifiable. Fais bien attention, cependant! car dans un jugement sur le. grand orateur anglais. un historien de beaucoup d'esprit, également anglais, iv1. Burkle. suppose avec raison que, chez Burke, la passion politique avait aliéné les autres facultés mentales. Le ton de ton article laisse supposer que la valeur véritable de ia grande Révolution t'a échappé et que tu n'a pas compris cette pouss<:e terrible préparée par les siècles : lutte acharnée, fatale, inconsciente, entre deux organismes sociaux antagonistes, lutte entre deux périoti"es historiques, pendant laquelle les épisodes exorbitants disparaissent, absorbés dans les faits généreux et gigantesques. C'est pour cette r3ison que tu ne regardes cette époque et ne la fouilles qu'avec l'état d'esprit qui servirait à juger des délits individuels de droit commun. Tu t'affliges de la décapitation de Louis XVI ! Et pourquoi ne pleures-tu pas celle de Charles Je'? Pourquoi ne verses-tu pas des larmes et n'épands-tu pas des fleurs sur la tombe du duc de Modène ? Tu déplores les conspirations continuelles et les tentatives régicides survenues sur les d'Orlé?ns ! Mais, pendant cinquante ans, l'Italie n'a-t-elle pas vécu de conspirations ? Et ne compte-t-on pas, par centaines, les tentatives criminelles contre la ·reine Victoria d'Angleterre ? N'y en a-t-il pas eu deux à Berlin, dans la même année? N'y en a-t-il pas eu en Italie et en Espagne ? Est-ce que des tentatives de cette serte ne constituent pas toute l'histoire contemporaine de la Russie? Alors quel pays peut vivre, indemne du reproche de auauté? Les luttes sociales de 1848 et de 187 1, en France, te font horreur! Pourquoi n'éprouves-tu pas le mème sentiment pour les Paques Veronese, l'assassinat de Prim et les jacqueries de la Galicie ? Et que penses-tu des scènes sauvages provoquées en Autriche-Hongrie par l'nnti-sé111itis111e et qui, non seulement font les délices de l'Empire mais encore sont méditées et dégustées par des hommes cultivés et des députés au Parlement ? • ( 1) Haynau est cet ignoble feld0 11nrèchal autrichien qui, :\ la prise de Brescia, cette ville héroïque, en 1848', prenait comme boulets, pour charger les canons, des tètes de femmes et d'enfants, « afin de mieux arriver ù dompter les p~r~s et le, maris 1 '>

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