La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE et SUI\'!. Si bien qu~. au lieu d'y voir l'expression de la vanit~ nationale française on n'y sent que l'indignation d'un soldat acceptant le défi lancé à son pays, aspirant à de saintes revanches. Au reste, je suis prèt à blàmer le fait si l'on veut bien, en mème temps, blâmer les fanfaronnades militaires, d'où qu'elles viennent. Ce sentiment est presqne honorable en France, où l'histoire de l'armée permanente renferme des pages véritablement glorieuses, tandis qu'il est grotesque et entaché de Don Q!.1ichottisme, dans les pays qui n'ont encore à enregistrer que des défaites! La fanfaronnade est naturelle à cette plaie sociale qu'on appelle : armée permanente. c'est pour cela que de pareilles manifestations ne nous étonnent pas. Ce qui pro\'oque la colère, ou le rire, c'est lorsque, en plein Parlement, de\'ant les représentants de son propre pays et ceux des alltres nations civilisées, un ministre-avocat, le proclame 111odesfe111e1it « le plus fort entre les forts. \\ Je ne m'occupe pas de savoir si le fait est réel, mais, ce qui est certain c'est que la Chambre qui a entendu cette phrase si gal/0111.rniaqnc n'a pas ri et ne s'est pas indignée! Si cela s'était produit au Parlement français, tu y aurais vu la marque d'une grande << dégénérescence nationale, >' et tu aurais eu raison! Tu fais, encore. à la première République, le reproche de s'ètrc entourée en Europe d'une quantité de petites Républiques impuissantes! Ce n'est pas à toi, à coup sùr, qu'il appartient de lui adresser cette critique, toi qui as déjà reproché à la France de ,< devancer le temps dans l'énonciation des principes élevés. >\ Et puis, au temps de la première République, le principe de l'unité nationale n'était pas encore établi et elle réglait ses relations internationales suivant les règles qui prévalaient alors, en marquant bien, toutefois, la tendance à agréger, à réunir en un seul faisceau, plusieurs parties de nations. Après la défaite de la France, les Allemands et la Sainte Alliance ont-ils procédé plus rationnellement ou plus équitablement? 11est inutile, je crois. d'évoquer de nouveau devant toi, l'histoire récente et si douloureuse de l'Italie et de l'Allemagne! Tu sais trop bien comment les Autrichiens, ces chers alliés d'aujourd'hui, commandaient, autrefois de Palerme à Modène, de Naples à Venise! Pourquoi deux poids et deux mesures? Pourquoi ce qu'on laisse p2.sser sans protestations lorsqu'il s'agit des Autrichiens, de\·ient-il, lorsque les Français sont en cause, signe de dégénéresceucedu camctére 11:1 tional fr,wra is? Pourtant, les Autrichiens ont fait, de notre pauvre Italie, un champ de carnage et l'ont couverte de potences. Serais-tu, néanmoins, disposé à

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